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Career / Mary Jane Quan

3 years ago by

Une des choses que je préfère au Studio, c’est qu’on rencontre des personnes formidables avec des histoires incroyables. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je suis ravie de vous présenter l’interview Carrière de Mary Jane (on l’appelle MJ ici au Studio) qui, à 51 ans, est l’une de nos stagiaires.

On a rencontré MJ pendant une soirée organisée par The Wing et elle nous a demandé si elle pouvait faire un stage chez nous ! On était super contentes de l’accueillir – elle a travaillé dans le journalisme financier et son histoire est vraiment incroyable. Je ne veux pas trop en dire mais MJ est une battante qui se replonge dans le monde des médias après un break de presque 16 années sans travailler. Elle est une vraie source d’inspiration au quotidien et j’espère qu’elle trouve aussi l’inspiration dans ce qu’on fait chaque jour au Studio ! [Ndlr : Préparez vos mouchoirs !]

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Où as-tu grandi ?
Je suis née à Manhattan mais j’ai grandi sur la côte, dans le New Jersey.

Que faisaient tes parents ?
Ma mère était mère au foyer et quand on a été un peu plus grands, elle a repris le travail, dans l’enseignement spécialisé. Ensuite elle a travaillé chez AT&T, dans le groupe « Diversité ». Mes parents ne sont pas allés à la fac, ils ont bâti leur carrière tout seuls et ils ont réussi sans diplôme.

Petite, que rêvais-tu de faire plus tard ?
Je voulais être prof d’arts plastiques et vivre dans un studio avec un chien ! Je devais sûrement rêver de gagner 500$ par an !

Dans quelle université es-tu allée et qu’as-tu étudié ?
Je suis allée à Scranton, en Pennsylvanie. Ma mère était persuadée que je devais faire des études de commerce parce que ça m’aiderait à faire carrière en sortant de la fac. Ça ne m’intéressait pas du tout, je voulais faire quelque chose de plus créatif. Bref… j’ai fini par choisir l’option comptabilité.

Avec le recul, je réalise que j’ai toujours aimé écrire. J’ai toujours préféré rendre une dissertation de 20 pages plutôt qu’un contrôle de maths. Alors je suis allée pleurer chez le prêtre jésuite [Scranton est une université jésuite] et au département des Sciences commerciales, et j’ai demandé quelle était l’option la plus créative. On m’a conseillé le marketing, alors j’ai changé d’option et pour finir, j’ai obtenu un diplôme en marketing.

Vu l’orientation que ma carrière avait pris, mon avenir était tout tracé : travailler pour des grosses entreprises. J’ai réalisé que je ne pourrais jamais faire ça toute ma vie. Je savais que je n’étais pas faite pour ça. J’y avais consacré du temps mais je voulais voir ce que l’avenir me réservait.

Et puis il y a eu un krach boursier au moment où tu as eu ton diplôme, c’est ça ?
J’ai eu mon diplôme en 1988, le krach boursier c’était en 1987. L’activité n’avait pas encore repris et quand j’ai regardé les annonces d’emploi en sortant de la fac, les salaires étaient hyper bas. J’avais mes prêts étudiants à rembourser… Je pensais que j’allais pouvoir être indépendante mais j’ai dû vivre chez mes parents pendant un an.

Et puis j’ai eu une opportunité dans une grosse entreprise, MetLife. Je connaissais quelqu’un qui travaillait là-bas, il m’a dit qu’ils cherchaient des jeunes dans son département. Que je devrais postuler et que si j’obtenais le job, ils avaient un super programme d’offres d’emploi en interne, que je pourrais faire ça pendant un an et ensuite postuler dans le département publicité. Je gagnais ce dont j’avais besoin pour être indépendante et ça me convenait. Pourtant je n’aurais jamais cru pouvoir rester assise derrière un bureau. J’ai accepté le job et c’était vraiment intéressant, les entreprises se débarrassaient de leurs plans de pensions et s’orientaient vers un régime à cotisations définies, le Plan 401(k). Mon premier job, c’était de transformer ces vieux plans de pensions, ce qui est vraiment ironique parce que j’aurai bientôt l’âge où, en théorie, les gens partent en pré-retraite et je n’arrive pas à réaliser que d’ici peu j’appartiendrai à cette tranche d’âge. Pendant un moment, j’ai trouvé ça super ! Ça m’intéressait vraiment, travailler pour une grosse entreprise, apprendre tout ça, et avoir le sentiment de faire vraiment quelque chose d’important. J’ai réalisé peu de temps après que si je devais faire ça toute ma vie, autant me tirer une balle tout de suite !

A bien y réfléchir, le monde de l’entreprise tel que je l’ai connu n’existe plus. Les gens qui travaillaient pour MetLife avaient commencé à travailler là-bas en sortant de la fac et ils partaient à la retraite avec de très bonnes indemnités, et ça, ça n’existe plus.

Il y avait beaucoup de femmes dans cette entreprise ?
Pas à des postes importants, elles avaient surtout des postes administratifs. C’était un monde typiquement masculin.

Tu as pu faire des stages pendant tes études ?
J’ai fait un stage il y a 30 ans, dans une agence de publicité à Scranton, chez Val Miller Group. C’était une petite agence, et pour une simple étudiante, j’ai fait des choses hyper intéressantes. Je ne me souviens pas de tout, mais j’ai travaillé sur des campagnes de pub. J’ai aidé à organiser un dîner de remise de prix et j’ai travaillé pour leurs RP.
Mais vu l’orientation que ma carrière avait pris, mon avenir était tout tracé : travailler pour des grosses entreprises, sur les plans de pensions et ensuite les plans 401(k). J’ai réalisé que je ne pourrais jamais faire ça toute ma vie. A 26 ans, j’étais en pleine crise existentielle. Je savais que je n’étais pas faite pour ça. J’y avais consacré du temps mais je voulais voir ce que l’avenir me réservait.

Tu as pensé à reprendre tes études ?
J’ai demandé les dossiers d’inscription en MBA (Master of Business Administration) de 15 écoles. J’ai sérieusement songé à reprendre mes études et à faire ce master. Ma sœur reprenait ses études à Columbia, elle travaillait à Wall Street et on était colocs. Elle savait ce qu’elle voulait faire, elle travaillait pour la Fed, avec des gens formidables, et moi j’avais vraiment l’impression d’être dans une impasse. J’étais assise devant tous ces formulaires d’inscription, et je lisais des questions comme « Où vous voyez-vous dans 5 ans ? » et « Comment votre MBA pourrait vous permettre d’y accéder ? » et il y avait aussi la liste de toutes les entreprises qui recrutaient, et j’ai pensé : »Oh mon dieu, je n’ai aucune envie de travailler pour ces entreprises-là. » Je ne savais même pas ce que j’aurais pu faire avec ce master.

A ce moment-là je prenais des cours à la New School et à la NYU et j’ai découvert que la NYU proposait une formation en publication de magazine. J’adorais les magazines, je les collectionnais, je les dévorais. J’ai regardé le dossier de candidature et j’ai réalisé que c’était pile ce que je voulais. J’allais apprendre à écrire des articles, à gérer un magazine –le côté business et le côté éditorial-, j’avais enfin trouvé ma voie !

Quand vous êtes aussi honnête, beaucoup de gens sont prêts à vous aider.

Tu suivais cette formation tout en continuant de travailler ?
Je travaillais à plein temps, toujours chez MetLife, et cette formation, c’était ma bouffée d’oxygène, ma lumière au bout du tunnel. J’ai postulé chez 75 magazines en leur disant que je suivais cette formation et que je voulais me réorienter.
Pour payer mes cours, en plus de mon job à plein temps et de mes études, j’ai aussi été serveuse pour un traiteur pendant les week-ends. Si on en a l’opportunité, c’est le genre d’expérience qu’on devrait tous faire quand on a 20 ans. J’avais vraiment de la chance et je me donnais à 100% pour trouver ma voie. Quand j’ai eu mon diplôme, je travaillais dans un magazine. J’écrivais toute la journée et quand je rentrais chez moi je continuais à travailler, grâce à mon mari qui m’enfermait dans mon bureau les week-ends pour que je finisse mon travail !

Tu t’es réorientée, tu as repris tes études, tu travaillais et tu as même trouvé le temps de te marier…
J’ai oublié de vous raconter comment j’ai obtenu le job dans ce magazine. J’ai rencontré une de mes meilleures amies chez MetLife, et ça faisait des années qu’on imaginait des stratégies pour partir de là. Dans le métro, elle a rencontré une femme qui écrivait pour l’Institutional Investor et qui lui a donné sa carte. Mon amie a postulé et a fini par décrocher un job là-bas. Elle m’envoyait les offres d’emploi internes pour des magazines. J’ai vu une annonce qui m’intéressait – c’était dans le département éditorial d’Institutional Investor. Ils étaient connus pour leur classement « All-America Research Teams » qui met en avant des journalistes et peut faire des carrières. Quand on travaille à Wall Street, figurer sur cette liste, c’est une vraie consécration.

En quoi consistait ton travail là-bas ?
Le département dans lequel j’ai postulé s’occupait principalement des recherches éditoriales. On envoyait tous les questionnaires, on compilait toutes les informations, on vérifiait tout, on pouvait lire cinq fois de suite des statistiques à notre collègue pour être certains que tout soit parfait. C’était notre méthode pour obtenir des résultats de qualité. Les gens nous appelaient pour nous dire qu’ils auraient fait n’importe quoi pour savoir s’ils étaient sur la liste.

Voilà ce que j’ai dit à la responsable du département quand j’ai postulé : « Ecoutez, mes clients, ce sont les gens que vous sollicitez pour voter pour vos classements, alors je peux vraiment vous être utile. Mais ce que je veux aussi, c’est travailler pour un magazine, je veux écrire. Alors je vais vous donner deux ans, je vais travailler sans relâche, avec une idée en tête : avoir un jour l’opportunité d’écrire. » Et ils m’ont engagée.

Comme j’avais envie d’écrire, j’ai commencé à faire du travail en plus, comme compiler les questionnaires qu’on envoyait et leurs résultats et faire la synthèse de ce dont les gens parlaient, et je l’ai envoyée aux rédacteurs. Ma boss n’a pas vraiment apprécié. Elle a fini par me licencier. Alors je suis allée aux RH et ils m’ont dit que je pouvais déposer plainte mais qu’ensuite, ils devraient intervenir. Mais je ne voulais surtout pas poser de problèmes, je voulais juste écrire !

Mais j’ai eu beaucoup de chance car le département éditorial cherchait un journaliste d’investigation et ma boss m’a dit : « Il y a un poste qui se libère en bas, j’ai déjà parlé au managing editor, tu peux postuler. » C’est ce que j’ai fait et j’ai eu le poste. C’était un vrai virage à 180°. Les gens avec qui j’ai travaillé là-bas étaient incroyables, ils venaient tous de Forbes, de Fortune, ou du Time Magazine, et ils finissaient leur carrière ici. Ils étaient tous très respectés dans le monde du journalisme financier. Ils étaient très intelligents et vraiment passionnés par leur travail. Mais la finance, ça n’était pas vraiment mon rêve.

Tu as pensé à changer de travail à un moment ? Ton parcours t’avait menée au journalisme financier, mais est-ce que tu avais le temps de prendre du recul sur tout ça ?
Bien sûr. Quand j’ai commencé à écrire pour l’Institutional Investor, j’aimais l’idée de participer au processus créatif et parler de ces sujets avec des esprits brillants. J’interviewais des capitaines d’industrie, ils répondaient à mes appels ! J’étais tellement nerveuse !

J’ai aussi travaillé avec le département artistique et j’ai vu comment les choses se passent dans les réunions éditoriales 3-4 mois avant la publication, les heures passées à discuter. Assister à tout ce processus, c’était fantastique, et il y avait une vraie camaraderie entre nous. On avait vraiment l’impression de faire partie de quelque chose. J’ai énormément appris.

Comment t’es-tu formée ?
Je ne dormais pas ! J’ai énormément lu. Et plus j’ai lu, plus j’ai eu confiance en moi. Je pouvais appeler un analyste et lui dire : »Ecoutez, je dois faire ce papier et je suis novice en la matière, est-ce que vous pouvez me donner quelques explications ? » Quand vous êtes aussi honnête, beaucoup de gens sont prêts à vous aider. J’ai beaucoup utilisé cette technique au début, pour pouvoir être à l’aise ; j’ai lu tout ce que je pouvais sur ces sujets. Internet en était à ses tout débuts à l’époque, donc j’ai surtout passé beaucoup de temps dans les bibliothèques à faire des recherches.

Tu es restée combien de temps là-bas ?
J’y ai travaillé de 1994 à 1999, donc 5 ans et demi.

Je ne le remercierai jamais assez… C’était le boss dont tout le monde rêve. Il m’a énormément appris, mais c’était surtout quelqu’un de profondément humain et généreux.

Qu’as-tu fait ensuite ?
Leur managing editor avait été recruté pour lancer le Daily Deal, un journal appartenant à Mergers & Acquisitions. Au moment où j’ai appris qu’il partait, j’ai réalisé que le journalisme financier n’était pas ce à quoi j’aspirais, et j’ai vraiment commencé à réfléchir à ce sur quoi je voulais écrire. Je me souviens d’avoir postulé chez Wine Spectator, parce que mon mari collectionne les bouteilles de vin et qu’il adore en boire, et j’ai pensé que ça pourrait être sympa ! Je savais que je voulais du changement, et mon managing editor a fini par m’engager au Daily Deal. Ça avait beau être encore du journalisme financier, c’était un environnement complètement différent, c’était une start-up.

En un peu moins d’un an, tout a commencé à bouger, il y avait de plus en plus de publications en ligne. Ils ont complètement changé d’orientation et embauché plein de nouvelles têtes pour nous permettre de passer en « .com », comme une entreprise en ligne, avec l’idée que ça serait vendu et qu’on aurait tous des stock options. Du côté des journalistes, on avait tous la trentaine et les jeunes de 20 ans ont pris le contrôle. Il n’y avait même pas assez de sièges pour tout le monde. Personne ne savait ce qui se passait mais ils travaillaient d’une façon radicalement nouvelle. Je me revois encore, assise, à me demander ce qui était en train de se passer ! C’était une vraie révolution. A la même époque, je me suis mariée et j’ai eu une grosse promotion. C’était du journalisme financier, mais je me suis dit : « Enfin ! »

Quel poste occupais-tu ?
Rédactrice sénior. Pour moi, c’était vraiment un accomplissement, j’étais très fière de moi. Je pensais déjà à la suite de ma carrière, et là, c’était comme une confirmation : »Oui, tu es rédactrice. » J’ai commencé par postuler chez The Observer, pour prendre la température, et ensuite j’ai eu un contact chez Spin Magazine. J’adore la musique. Donc j’ai postulé là-bas, et un ami de notre meilleur ami était l’éditeur de ce magazine. Il a accepté de me rencontrer, grosse pression.
A ce moment-là, je venais juste de me marier, d’obtenir une promotion, je pensais à postuler chez The Observer ou chez Spin Magazine… mais là, j’apprends que j’ai un cancer. Et le lendemain, Spin m’appelle. J’avais l’impression que ma tête allait exploser.

Tu avais quel âge ?
J’avais 35 ans. Quand on y pense, la vie nous réserve parfois des coups durs. J’avais des douleurs intenses, j’ai passé un scanner et on a découvert que je devais subir une ablation de la vésicule biliaire. Je ne voulais pas être opérée immédiatement parce que j’allais me marier, donc j’ai repoussé l’opération de quelques mois. Ce n’est qu’au moment où le chirurgien a procédé à l’ablation de ma vésicule qu’il a découvert une tumeur sur mon rein. Apparemment, ça avait été oublié dans le compte-rendu du premier scanner et la tumeur avait grossi. Mon médecin m’a appelée et m’a dit que je devais repasser un scanner. Je lui ai répondu : »Mais de quoi vous parlez ? » Il m’a alors annoncé que le chirurgien avait trouvé quelque chose sur mon rein. J’y suis allée le lendemain et le médecin m’a dit : »C’est bien ce que nous pensions, vous avez un cancer, je vous ai pris rendez-vous lundi matin à Sloan-Kettering [institut de cancérologie new-yorkais], mon père a eu le même cancer que vous et il est toujours en vie. »

J’avais l’impression d’être dans un film, avec les murs blancs, la totale. Je suis restée là, abasourdie, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’ai appelé mon mari en pleurs et ensuite je suis retournée travailler. J’étais hors de moi, je ne savais pas quoi dire. J’ai attendu avant d’en parler à mon boss et quand je lui ai annoncé, il a été très triste bien sûr, et il a été d’un grand soutien. J’ai subi une ablation partielle du rein. Le type de cancer que j’avais devait être dépisté tôt et opéré ou bien c’était sans espoir. J’ai dû être arrêtée pendant deux mois pour raisons de santé. Ensuite j’ai repris doucement, je travaillais depuis la maison, mais je me sentais vraiment mal. Alors j’ai appelé mon médecin et j’ai fait des analyses, et on a découvert que j’étais enceinte. Là, je ne savais vraiment plus quoi faire ! Je me préparais à reprendre le travail et j’étais enceinte !

Les enfants, ça faisait partie de ton projet de vie ?
Oui, mais il s’était passé tellement de choses, tellement vite, que ça m’a prise de court. Rétrospectivement, quand j’y repense, j’avais toujours eu des règles irrégulières, et je m’étais dit que ce serait compliqué pour moi d’avoir des enfants par la voie classique. Donc je n’étais pas du tout dans cette perspective. C’était une grossesse à haut risque, je ne savais vraiment pas quoi faire.

J’ai appelé mon boss, je lui ai expliqué la situation et il m’a dit : « Tu sais, tu seras toujours la bienvenue ici, quand tu seras prête à revenir, il y aura une place pour toi. » Je ne le remercierai jamais assez, c’était vraiment le boss dont tout le monde rêve. Il m’a énormément appris, mais c’était surtout quelqu’un de profondément humain et généreux.

J’ai eu beaucoup de chance. Il y a tellement de femmes qui n’ont pas cette possibilité. Je regrette que les femmes n’aient pas toutes cette alternative.

C’est incroyable. [ndlr : à ce moment-là, j’ai les larmes aux yeux] Comment ça s’est passé pendant et après ta grossesse ?
J’ai bossé en free-lance pendant toute ma grossesse. Puis j’ai eu mon bébé. Je ne savais pas trop ce que j’allais faire ensuite… Mais j’avais prévu de reprendre le boulot. Et puis j’ai commencé à ne pas me sentir bien, je ne savais pas trop ce que j’avais. J’avais peur du verdict des médecins. On m’a diagnostiqué une rectolite hémorragique, une maladie chronique de l’intestin. Ils pensaient que c’était peut-être une maladie de Crohn… ça a duré très longtemps.

Mon fils avait une sévère allergie aux produits laitiers, donc lui-même n’était pas en forme. Il y avait vraiment des hauts et des bas. J’avais passé un an à Sloan-Kettering pour mon cancer. Un an plus tard, j’accouchais de mon fils à l’hôpital de New York. C’était un bébé très bien portant… et voilà que peu après, j’étais de retour à l’hôpital. C’était vraiment les montagnes russes. Et pendant tout ce temps, j’ai essayé de continuer à écrire, de bosser en free-lance, mais dès que je relançais la machine, j’avais un autre souci de santé.

Je me souviens d’un soir où je bossais sur un article. Mon fils ne dormait pas, moi j’étais dans une phase de crise. C’était la nuit, je terminais un article en free-lance pour un magazine, mon fils était dans mes bras, je m’endormais à moitié. Le lendemain, j’ai rendu mon article, et apparemment, il était truffé de fautes – ce qui ne me ressemble pas du tout. Le client ne m’a plus jamais fait travailler, ce que je comprends parfaitement. Et c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu’il fallait que je fasse une pause pour m’occuper de moi. Là, ça impactait mon travail, ma vie de famille. Mon mari m’a énormément aidée, il a vraiment été très solide pendant toute cette période, et ma famille aussi. Pour élever un enfant, il faut pas mal d’énergie, et je ne sais vraiment pas ce que j’aurais fait sans mon mari et ma famille pendant tout ce temps. Du coup, j’ai eu la chance de pouvoir rester à la maison. Il y a tellement de femmes qui n’ont pas cette possibilité, j’ai été très privilégiée. Je regrette que les femmes n’aient pas toutes cette alternative.

Ton mari travaillait à l’époque ?
Oui, il travaillait au World Financial Center, et son étage a subi des dégâts après le 11-Septembre, donc il a temporairement déménagé dans le New Jersey. Il faisait les allers-retours chaque jour. Moi, j’étais malade comme un chien, donc il gérait absolument tout. Il voyageait aussi très souvent à l’époque, donc je me faisais aider par ma famille ou des amis. C’était vraiment un drôle de moment.

Une fois, alors qu’il n’était pas encore rentré du travail, je me suis sentie tellement mal que j’étais incapable de m’occuper de notre fils. Je ne pouvais même pas le prendre dans mes bras, j’avais trop de fièvre. Mon mari était coincé dans les embouteillages, il ne pouvait pas m’aider. J’étais de plus en plus mal. J’ai fini par appeler le médecin et j’ai dû partir aux urgences. J’ai appelé mon frère, qui habite à 3 km de chez nous, il organisait une fête chez lui. Il a laissé la fête, ses invités, et il est arrivé chez moi – il avait encore la télécommande de sa chaîne hi-fi à la main – et il est resté avec mon fils toute la soirée, jusqu’à ce que mes parents prennent le relais. Je ne sais pas comment j’aurais fait sans le soutien de ma famille. Je ne les remercierai jamais assez. En tout cas, voilà à quoi ressemblait ma vie à l’époque.

As-tu envisagé d’avoir d’autres enfants ? Est-ce que ça aurait été possible ?
A 40 ans, je suivais encore un traitement assez lourd. Les médecins m’ont demandé si j’avais envie d’avoir un deuxième enfant. La décision n’a pas été facile à prendre mais on s’est rendu compte que ce n’était pas réaliste que je tombe enceinte alors que j’étais malade. Je culpabilisais déjà énormément d’être obligée de laisser mon fils seul, en pleine nuit, quand je partais à l’hôpital. Et puis ça aurait été très lourd à gérer pour mon mari, ma famille. On a discuté avec les médecins de Sloan Kettering, puis avec mon gynécologue, qui a dit : « Ce qui compte, c’est la qualité, pas la quantité. » Et je me dis qu’on a énormément de chance alors qu’il y a tellement de gens qui galèrent pour réussir à avoir un enfant… donc je prends ça avec philosophie.

J’ai eu vraiment pas mal de soucis de santé pendant ces années-là. Et à chaque fois que j’essayais de reprendre le boulot, il y avait toujours un nouveau problème qui surgissait. Du coup, j’ai décidé de ne plus travailler, je savais que c’était mieux pour moi. A la place, je me suis investie dans l’école de mon fils à titre bénévole. J’étais la co-directrice de la communication, je rédigeais les newsletters, les catalogues pour les ventes aux enchères, les teasers marketing. Dès qu’il y avait de l’écriture, je me portais volontaire, et je continuais à faire un peu de free-lance pour quelques sites web. Avec un de mes médecins, j’ai rédigé un petit fascicule à l’usage des patients expliquant les effets indésirables de certains médicaments. Mon fils grandissait… Et moi je me demandais à quel moment j’allais reprendre le travail… et où je trouverais ma place.

Quel âge a ton fils ?
Il a 14 ans et il est en seconde. Je voulais vraiment être là pour son entrée au lycée, c’est une étape importante. Mais là, ça y est, je me demande ce qui m’attend ensuite. A l’époque où j’ai arrêté de bosser, je m’apprêtais à travailler pour Spin Magazine, et voilà où j’en suis aujourd’hui. Mais ça a été une chance inouïe de pouvoir voir grandir mon fils, de me dire qu’il va bientôt entrer à l’université. Si j’avais eu un boulot classique, je n’aurais jamais pu m’investir dans sa vie scolaire. J’aurais passé ma vie au téléphone. Je mesure la chance d’avoir eu ce privilège. Mais là, ça y est, je suis prête, je suis en forme, c’est le moment pour moi !

Quand j’y pense, je me dis que toutes ces années où je n’ai pas travaillé, j’étais comme cryogénisée. Et là, j’ai fait un bond dans le futur. J’ai vraiment l’impression d’avoir atterri dans le monde moderne.

Et maintenant, tu es en stage ici ! D’où te vient ton intérêt pour la mode et le lifestyle ?
Quand j’étais malade, fortement médicamentée, je n’avais pas l’esprit très clair. J’ai tenu un peu grâce aux magazines de mode que je feuilletais, en m’imaginant dans telle ou telle tenue, pour aller à un concert de U2 ou à un mariage, le jour où j’irais mieux. Ça m’a permis de garder espoir, de m’évader un peu. Et ça m’a vraiment aidée ! InStyle, Lucky, Vogue… Parfois, on a besoin de légèreté et c’est très bien comme ça. Ça m’a donné des perspectives…

C’est à ce moment-là que j’ai songé à la mode, à faire des piges pour des magazines. Quand on a refait notre appartement, je me suis intéressée à la décoration d’intérieur, j’ai même commencé à prendre des cours. Puis quand je me suis aperçu que pour avoir un diplôme, il faudrait que je retourne à la fac et que je fasse des stages jusqu’à près de 60 ans, je me suis dit que ce n’était peut-être pas la meilleure solution.

Tu as continué à te former, tout ce temps ?
J’ai toujours pris des cours, même quand Patrick était petit. J’ai tout fait. J’étais membre du News Women’s Club de New York, ce qui m’a permis de participer à plein d’ateliers et de cours. L’année dernière, j’ai suivi une formation « Grammaire pour les grands » à la YMCA ! Je ne devrais peut-être pas m’en vanter en tant que journaliste, mais plein de règles ont changé ! J’ai aussi pris un cours d’écriture spécialement dédié aux mémoires, ce qui s’est avéré être un désastre pour moi. Je voulais juste rédiger un petit essai autour de mon expérience personnelle et le proposer à un magazine, mais tous les gens étaient là pour écrire des chapitres de leurs mémoires, mais il n’y avait aucun professionnel, à l’exception d’une femme qui est devenue une très bonne amie.

J’ai fait un stage de journalisme, avec la société professionnelle des journalistes, ce qui a été très instructif. J’ai pris un cours sur l’art de la narration, il n’y avait que des jeunes autour de moi. Tout le monde était sur son téléphone, et c’est là que j’ai vu qu’il y avait deux mondes. Et tout ça continue à évoluer. Maintenant, sur le marché du travail, il y a toute une nouvelle génération, et c’est le mode de vie qu’ils ont toujours connu. Il faut aller sur le terrain, raconter une histoire, trouver un angle personnel. Et puis il y a tout un autre groupe de gens pour qui les objectifs ne sont plus les mêmes. Je trouve qu’il est important de conserver une intégrité en tant que journaliste, de relater les faits de manière sincère, mais il y aussi tout l’aspect business du truc.

Parlons un peu de la façon dont tu t’es retrouvée ici ! Qu’est-ce qui t’a décidée à nous contacter ?
Je suivais le site depuis quelque temps, c’était un de mes petits plaisirs. C’était tellement agréable de pouvoir faire une pause pendant 10 mn le matin pour lire Garance Doré et quelques autres… je savourais.

Pendant deux ans, j’ai fait des simulations de blog. J’ai aussi pris des cours de blogging, ne serait-ce que pour prendre l’habitude d’écrire tous les jours, sur n’importe quel sujet. A partir d’un mot, je me mettais à écrire. Les choses avaient l’air d’évoluer dans cet univers, il y avait maintenant de vrais influenceurs, des publications bien établies, et je me suis dit que ce serait sympa de bosser en free-lance pour un blog, que ça me correspondrait bien. J’ai hésité à créer mon blog pendant des années, j’en parlais avec mes amies, mais je ne me suis jamais lancée.

Je ne m’étais pas fait un nom, je n’étais pas dans la vie active, et je me disais : « Mais qui est-ce qui me lira ? » Du coup, un jour que j’étais sur Instagram, je vois que vous cherchez des stagiaires. Je devais justement aller à un séminaire iRelaunch Conference à NY, pour les femmes qui voulaient se remettre dans le monde du travail après avoir fait une pause. Et dans cet état d’esprit, je me suis dit : « Allez, qu’est-ce que j’ai à perdre ? Je vais postuler, pour voir ! » D’ailleurs, j’ai toujours ma lettre de motivation ! Je n’arrivais pas à faire une synthèse de ma lettre de motivation et de mon CV… j’avais mis que j’allais au séminaire et que j’allais améliorer mes connaissances en informatique !

Un dimanche matin, je lisais mes e-mails sur mon téléphone, et là, je vois un message du réseau WIE (Women: Inspiration& Enterprise) disant que Garance viendra parler le soir-même. Là, je me suis dit : « Il faut que je la voie et que j’arrive à décrocher un stage ! ». J’ai pris deux places, pour une amie et moi. Une autre amie nous a rejointes. Et je leur ai dit qu’à la fin de l’intervention, j’irais voir Garance. Je faisais un peu ma crâneuse mais au fur et à mesure que l’échéance approchait, je leur disais : « Non, on va juste aller dîner. Je ne sais pas si j’en suis capable ! » Mais mes amies ont insisté pour que j’aille lui parler. Et j’y suis allée.

Et voilà, tu fais un stage chez nous !
Oui, c’est une expérience incroyable. D’une certaine manière, quand j’y pense, je me dis que toutes ces années où je n’ai pas travaillé, j’étais cryogénisée. Et là, j’ai fait un bond dans le futur. J’ai quitté ce monde il y a tellement longtemps, je commence à me faire à cette mentalité, je sais que les choses ont évolué très vite. J’ai pris des cours, je m’en suis rendu compte, mais je ne m’y étais pas confrontée directement. J’ai vraiment l’impression d’avoir atterri dans le monde moderne. A mon âge, avec mon background, pouvoir vivre cette expérience, c’est passionnant. Vous avez un blog bien établi, vous vivez les aléas du développement. C’est génial de pouvoir observer la seconde phase de développement d’une start-up.

Qu’est-ce qui t’a donné le courage de faire ce stage et de retourner au travail à ce stade de ta vie ? Tu parais très peu complexée par ton âge !
J’ai toujours eu le sentiment qu’il me restait encore beaucoup à accomplir. J’ai mis ma carrière en pause au moment où j’accédais à un poste à responsabilités. Même si pas mal de temps a passé depuis, et même si beaucoup de choses ont changé, moi y compris, je ne veux pas avoir de regrets. Je ne sais pas exactement où est ma place dans ce nouveau monde des médias, mais pour continuer d’avancer et d’apprendre, on doit se lancer des challenges et sortir de sa zone de confort. J’ai une chance folle d’être ici, et même si ça me stresse un peu de ne pas savoir où tout ça va me mener, c’est stimulant. A 51 ans, c’est vraiment une belle opportunité d’être ici.

La plus grosse difficulté, c’est d’arriver à trouver ma place, de savoir ce que je vais faire. Parce que pour l’instant, ce n’est pas encore très clair.

En plus de ce stage, tu travailles sur d’autres projets ?
Une opportunité s’est présentée via ma belle-sœur, qui était sous chimio. Elle est médecin, chargée des essais cliniques. Compte tenu de mes problèmes de santé, j’avais envisagé de me lancer dans la rédaction d’articles sur la santé. Il y a eu un appel à volontaires pour faire partie d’un comité d’évaluation institutionnel. Ma belle-sœur m’a dit que si j’avais envie d’écrire pour ce genre de publications, ce serait un bon point de départ, que je serais avec des gens passionnants et que j’apprendrais énormément.
Comme j’avais envie de faire du travail de bénévolat qui ait du sens, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée. Ça fait maintenant trois ans que je fais partie de ce comité. Je rédige des avis et évaluations sur les essais cliniques qui sont effectués à l’hôpital, tout cela est fait de manière très éthique, dans le respect des patients. Je compile des centaines de pages de documents, je décode le jargon scientifique, qui est un langage à part entière. Et ça force l’admiration parce qu’ils font vraiment des trucs incroyables. Les essais cliniques, j’en ai fait, mon fils aussi. En tant que parent et patiente, mais également en tant que rédactrice et journaliste, je vois comment je peux aider les gens, et c’est un objectif que je poursuis.

Maintenant que tu fais un stage ici, qu’est-ce que tu as envie d’explorer dans les années à venir ?
Je vois un peu mieux à quoi ressemble le monde actuel – notamment les médias. Et je me dis que le blog peut aussi être une voie. Je m’aperçois que tout change très vite. Observer quelque chose de loin c’est une chose, être plongée dedans, ça n’a rien à voir.
Ce qui m’impressionne, c’est que tout le monde est hyper jeune, mais porte pas mal de responsabilités sur ses épaules. Vous arrivez à tout faire ! A mon époque, quand on terminait ses études, il fallait des années pour arriver à ce niveau de responsabilité… notamment souvent repasser par la case MBA. Ce que font les jeunes gens aujourd’hui me bluffe.
Et tout ça me fait réaliser que j’ai toujours envie d’écrire, je l’ai toujours su. J’espère que je pourrai faire quelques piges pour les médias traditionnels, et aussi être active sur les réseaux sociaux. Il faut juste retrouver l’envie de s’exposer un peu.

Tu dirais que tu as un mentor ?
J’en ai eu plusieurs, à différents moments de ma vie. Je suis très proche de ma sœur. Elle a quitté un très gros poste parce qu’elle ne trouvait pas de solution satisfaisante pour faire garder ses enfants. Elle travaillait à Wall Street. On échange beaucoup ensemble… Et je pense qu’à 51 ans, les mentors, ce sont les gens qui nous entourent. Mes parents sont toujours en bonne santé, je leur demande parfois conseil, j’échange aussi pas mal avec mes amis. Et ici aussi, j’apprends beaucoup en vous observant. Vous êtes jeunes, vous êtes l’avenir. Je suis sûre que vous pourriez me donner plein de conseils.

Le meilleur conseil qu’on t’ait donné, justement ?
Je crois que c’est Bob, mon ancien boss, qui me l’a donné quand il m’a dit que je pourrais toujours retrouver du travail. On a tendance à culpabiliser, parce qu’il y a plein de gens qui n’ont pas le choix, mais ses mots ont toujours résonné en moi.

Ce qui te motive le plus à cette étape de ta vie ? Et le plus gros défi ?
La plus grosse difficulté, c’est d’arriver à trouver ma place, de savoir ce que je vais faire. Parce que pour l’instant, ce n’est pas encore très clair.
Mais je suis ravie d’être de retour dans la vie active ! Avec plein de jeunes ! Mes amis me demandent ce que ça fait de bosser avec la génération Y. C’est rafraîchissant ! En gros, pendant 16 ans, j’ai été à la retraite, et là, je suis de retour. Je suis plus âgée mais peut-être je l’espère aussi plus mûre. Le monde a complètement changé, mais je suis prête à m’y remettre !

Ton conseil à quelqu’un qui a fait un break et qui a envie de retravailler, ou d’essayer quelque chose de différent.
Sautez le pas. N’ayez pas peur, allez-y. C’est intimidant, vertigineux, vous ferez peut-être quelque chose qui n’a rien à voir avec ce que vous faisiez avant, mais de toute façon, on change avec le temps. Si des opportunités se présentent, que ça vous intéresse, allez-y. On n’a qu’une vie. Elle ne dure pas éternellement et on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Ton rêve pour l’avenir ?
Travailler sur des projets qui me plaisent, écrire sur des sujets qui me passionnent, dîner avec ma famille, rire… ça me va. C’est simple mais ça me suffit. J’ai eu beaucoup d’ennuis de santé, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je me sens bien, je suis motivée, j’ai envie de profiter de la vie.

59 comments

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  • Christiane Doll 31 mars 2017, 9:58 / Répondre

    An incredible story about a strong and wonderful woman.All the best for you.XOXO

  • This is one of the more interesting interviews. She isn’t somebody who grew up super connected or in the middle of the business. She struggled through health problems–that could happen to anybody. And yet she is so positive and energetic. You guys are lucky to have her.

  • What an inspiration! I love that she just keeps going and learning! That’s the secret to her youth!

  • Mary Jane is amazing. So inspirational! I am turning 45 this year and have been thinking about a career change for a while. This is giving me a lot to think about. Thank you!

  • What a great person for your interview!
    Talk about perseverance and the absence of self pity. Mary Jane is such an inspiring woman! I was moved to tears by her resilience, her strength of character and her gratitude. Wow thank you so much for this.
    Such a great article to read about how, with a certain determination and drive, age need not be a barrier to any job you really want to do.

  • wahou <3

  • I’ve been following this site for years and am always inspired. Thank you for that–GaranceDore is a bubble of beautiful light. But I have always craved greater diversity–from older women like M.J. and other ladies who don’t all look alike or share the same Western experience. This story is an example of that richness. It reminds me of your comments section after the Woman’s March. Many readers, myself included, were upset seeing an all-white panel talking about and for women’s issues. You can’t be all things to all readers. I get that. But, including different voices and perspectives like M.J.’s enriches the site and conversations. It challenges everyone to see the world with fresher eyes. Kudos for posting this. And a big hug and thank you to the brave and very beautiful M.J. for sharing your story. This reader (and fellow writer: http://bit.ly/2nSGGsa) is rooting for you!

  • Thank you for this great interview. I found this so inspiring and heartening that Mary Jane was given the opportunity to intern at the blog. I am a similar age and have also dealt with health issues leaving me at a crossroads where I am unsure as to what to do next in my career. I wish Mary Jane every success and good health in the future.

  • Linda Keenan 31 mars 2017, 11:26 / Répondre

    Great interview! This should be required reading for young people plotting their futures. The zigs and zags don’t always line up as one might plan them and yet you can still get an amazing career.

  • What an awesome story to hear. I love the little part about what she wanted to be when she grew up and how she wanted to just live in a studio apartment!

    -Kirsten // http://www.porkandcookies.com

  • LOVE THIS LOVE THIS LOVE THIS!!

  • Merveilleuse Mary Jane ! toujours avancer, continuer à vivre, à rire, apprecier les moments simples de la vie…et ne JAMAIS etre complexee par son âge !

  • Merci and thank you for featuring a woman in her 50s! I’m 41 and am increasingly drawing inspiration from the cool older women out there. Thank you for highlighting her story!

  • This is a great story. I disagree, though, Mary Jane, you were never retired — like a lot of women you were doing essential, but unpaid, work. I, too, was diagnosed with cancer at an early age. Even with a good prognosis, the nearly year-long menu of treatments coupled with the frequent check ups that go on for years, that one illness is a huge life interruption. It sounds as though you were doing health fire drills for a very long time.

    Mary Jane’s story epitomizes two things that I believe are essential to succeeding on one’s own terms: resilience and persistence.

  • Absolutely love this! It is so inspiring to hear MJ’s story and how she overcame and accomplished so much. Great piece!

  • What an inspiring, strong, truly marvelous lady. This is probably my favorite interview to date on the blog. As a currently full-time mother this resonates so much. Thank you.

  • I agree, this is one of the most inspiring stories that has been featured on garancedore.com. Women need to hear these stories, we need to know that you can still have a life after children, marriage, illness and 50. Mary Jane, you are so courageous and I am so inspired by what you have accomplished. Garancedore.com you need her on your team, I am 48 and I need to hear from more women like her!

  • Such a wonderful interview. And what an inspiring women MJ is. She feels completely genuine, incredibly intelligent, possessing remarkable backbone, and embodies real beauty. I’m 62 and still enjoy this site. I love learning from younger people. I enjoy your fashion pieces but love the interviews, cultural offerings, and the playlists are fantastic. Thanks for keeping the site growing and increasing the diversity of content and contributors. And sending MJ heartfelt best wishes for her journey.

  • Jaredetmoi 31 mars 2017, 4:47 / Répondre

    Bravo. Tout simplement génial cet article. Merci à Garance et son équipe de recruter des femmes pleine d espoir.

  • This is exactly what I needed to read today! In the past days I’ve been struggling managing a household, 2 daughters and not having time for myself.
    I have been out of a full time job for almost 5 years now and feel completely out of the game! In the meantime I see my friends progressing with their careers and I wonder if I’ll ever get back to work! On the other hand I really do not want to take for granted the unique opportunity and luck of taking care of my children… playing, cooking with them and spending our summers at the beach…
    …oh that work/ life balance so difficult to achieve!!!

  • I loved reading this so much. It was so inspiring!

  • AMAZING! Super inspiring interview. Thank you for sharing.

  • What a positive & motivating interview about an inspiring woman/mom/survivor. Her honesty is empowering. I’d love to read another interview with MJ Quan in the future to see what she’s up to & where her resilient spirit takes her!

  • Sandrine Vaillancourt 31 mars 2017, 7:13 / Répondre

    Such a beautiful woman with an inspiring story, thank you for sharing!

  • Mary Jane 31 mars 2017, 8:04 / Répondre

    I am completely overwhelmed and humbled by all of your kind words. You have me in tears! Interning at Garance Doré Studio has been another one of those life changing experiences—albeit a pretty great one. I hope Miruska you figure out what you love to do and go for it! And Judith Ross, I completely agree with your comment. I hope your good health continues. I am truly grateful for the support. xoMJ

  • A forty-something friend of mine had a corporate job but couldn’t shake her dream of pursuing fashion design so she went back to school for it and the amount of ageism she experienced when looking for internships was very hard to take. Kudos to your team for giving this woman a chance.

  • perfect! love this.

  • I loved reading this so much.
    I love that she just keeps going and learning.
    This is giving me a lot to think about.
    Thank you!

  • What a wondrful and inspiring woman. I wish you all the best. And thank you for that interview, it really gives me the strength to carry on!!!

  • Isabelle 1 avril 2017, 9:24 / Répondre

    Un grand merci à vous pour cet article qui me touche beaucoup. Du même âge que Mary Jane et actuellement en plein arrêt à la croisée des chemins, je suis en train d’entrevoir une solution pour repartir tout en comprenant que je ne sais pas encore où est ma place. Ce témoignage me renforce dans l’idée qu’on trouve sa plus grande force au fond de soi.

    Mary Jane, je vous remercie de me redonner confiance – nul doute que votre histoire inspirera de nombreuses lectrices – et je vous souhaite beaucoup de succès pour vos projets, quelle que ce soit la route que vous emprunterez.

  • Je vais parler de cette article très inspirant sur mon blog The Chronicle. Merci Garance pour cette belle découverte. Ironiquement, j’ai créé mon blog quand le cancer a frappé à notre porte (mon conjoint) tout en travaillant de le monde de l’académique universitaire. Cette article m’ouvre les yeux et me donne des ailes.

    Merci

  • Je suis touchée par l’histoire de MJ car j’ai moi aussi une rectocolite ulcéreuse qui m’a fait m’arrêter de travailler quelques années avant 30 ans. J’ai eu aussi cette impression d’être cryogénisée et d’être sur le quai pendant que le train passe. C’était flippant de ne jamais savoir si la crise allait finir, jusqu’où j’allais descendre physiquement, d’avoir le cerveau embrumé des médocs et de la fatigue physique et mentale.
    Mais en même temps, j’ai créé un forum (c’était avant les blogs) qui a eu beaucoup de succès, assorti d’un site avec une équipe à gérer à distance (le tout bénévolement, je n’imaginais même pas autre chose à l’époque). Je vois combien ça m’a servi car aujourd’hui j’ai beau avoir 42 ans, j’ai la mentalité digitale, manière de travailler de ceux qui ont 10 ou 15 ans de moins, la maitrise du travail collaboratif et à distance, et j’ai pu travailler en start up.
    Quand j’ai été mieux, j’ai pu occuper des postes à responsabilité, et aujourd’hui je flippe toujours que la maladie me redomine. Dès qu’elle pointe légèrement son nez, je flippe. Je suis obligée de maintenir un équilibre physique et mental, sinon le corps m’alerte. Je peux aussi considérer ça comme une chance, d’être alertée :)
    Bref, tout de bon à MJ !!!

  • Beautiful interview! Mary Jane sounds like a lovely person and her story is so inspiring! Thank you so much for sharing!

  • Thank you for sharing such a personal story. For one, I’m sooo pleased that you are on the team, I think a range of ages is so important to keep the site relevant and meaningful to all of us.
    this year has brought similar difficulties in my life and it has made me totally reevaluate what I am doing (teaching) and want I really want to do (write!). Your post is another reassurance to me that life is all the richer for the changes in direction and the battles we have to take on. I will have your voice in my head and I look forward to reading your posts, kisses X

  • Charlotte 2 avril 2017, 6:25 / Répondre

    Congrats Mary jane! You are a real source of inspiration! xxx

  • Florence 2 avril 2017, 2:51 / Répondre

    Très belle interview!!!!

  • A big THANK YOU for this. I am of a similar age and I have had a few curve balls as well and this has given me
    a sense of hope and excitement. xxx

  • Vasilisa 3 avril 2017, 4:50 / Répondre

    What a beautiful and courageous person!

  • Salut ! En tant que malvoyante, j’aimerais vous suggérer d’éclaircir le fond sur lequel les commentaires sont écrits, car je n’arrive plus à les lire depuis le changement.
    Un grand merci in case !

  • Great and inspiring story about an authentic woman. (Who happens to be my friend!). Thank you for posting.

  • Bonjour,

    La version française n’apparait pas ce matin sur ce post.

    Un grand merci

  • This was one of the best interviews that I’ve ever read from your site or even can say any other places, a real woman with lots of challenges in her life and not that very early age of life (i.e 20s or 30s your typical women) still persuading her dreams and moving with lots of hope and… I can’t stop reading it over and over and it inspired me a lot. I am in very dark deep place in my life at mid 40s. I take my hat off for you Mary Jane, you are a profound role model for a lot women out there. salute.

  • Ruchi Sharma 5 avril 2017, 11:52 / Répondre

    Best interview I have read this morning…Mary Jane you are a powerful person…what an inspiring life journey MaryJane…Thanks for sharing this awesome restart journey with us…Hoping to read ur columns very soon. More power to u Mary Jane Quan.

  • Murielle 6 avril 2017, 3:21 / Répondre

    Quel dommage cet intervieuw n’est pas traduit en francais

  • Natalie 6 avril 2017, 3:57

    Hi Murielle, not sure what just happened with the post, but you should be able to access it in French again! x Natalie

  • Kudos for hiring her!!! I’m 48 and trying to get back to work and it’s hard to get jobs at this age. I speaks of your open mind and generosity. Her point of view and experience will be an asset to this blog. Looking forward to reading her posts soon! MJ congratulations, you are an inspiration!

  • Hi Leonor,
    I am also finding it tough to find good work – at 49. Have any tips for me? Never been so hard for e as it is now…

  • Bravo MJ and bravo for hiring her! So, SO inspiring!!

  • Helen Saunders Miller 8 avril 2017, 7:52 / Répondre

    I felt an instant connection to MJ as a 49 year old University of Scranton graduate. I spent 12 years as a systems analyst/ project manager and went through medical issues including RA. After a husband and two children and 13 year break in my career, I’m writing children’s books and wondering if I should return to school to be an art teacher! MJ has inspired me to and is someone that I would love to chat with over coffee!

  • an inspiring story, thanks for this.

  • There’s only word to say everything: WOW.

    Going to send this to my favourite females both young and ‘young’ :D — THANK YOU!!

  • Wahoo! Incroyable ! Merci pour ce beau témoignage Mary Jane!

  • Your story is very inspiring and open my eyes .. thank you for sharing

  • this story are inspiring open
    thnaks you

  • very good post

  • inspiring story… lucky to read.

  • wow very inspiring story. thanks for sharing

  • thank you for sharing his post

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