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In Her Words: Yasmin Ahram on Freeing Herself

3 months ago by

Tout le monde avait une opinion sur le sujet, mais c’était uniquement parce que je les laissais faire. Le but n’était pas de prouver que les autres avaient tort, même si ça aurait été un bonus appréciable. Le but était de me prouver à moi-même que je pouvais le faire. Mes cheveux avaient une telle importance que je voulais leur ôter tout le sens qui s’y était attaché.

La plupart de mes amis ne pensaient pas que je le ferais. “Yasmin, tu aimes trop tes cheveux”, “Tu es belle, mais tu as peut-être une forme de crâne bizarre ?” “Tu vas TELLEMENT te plaindre si tu le fais, on peut peut-être s’épargner ça s’il te plait”. Mon père a embrassé mes mains en me suppliant de ne pas le faire, et quel millennial n’aime pas mettre son père au défi pour tester les limites de son “ouverture d’esprit” ? “J’ai compris que tu essayais de montrer quelque chose, mais il n’y a pas une autre manière de le faire ? Est-ce qu’il faut vraiment que ce soit si drastique ?” me disait-il. Ma mère était relativement indifférente mais elle m’a prévenue qu’il ne fallait pas que je vienne pleurer auprès d’elle si je le regrettais ; c’était le pire parce que ça me forçait vraiment à m’interroger et à prendre ma PROPRE décision.

J’avais laissé les définitions de la beauté et de la féminité des autres influencer les miennes à l’extrême. J’étais globalement consciente que j’essayais de m’intégrer, de plaire, d’être acceptée et de trouver la validation auprès des autres pour réussir à me sentir bien dans mon corps. Je n’arrêtais pas de leur demander leur opinion et c’est exactement ce que je recevais, l’opinion des autres. Ce n’est que quand je l’ai fait, quand je me suis « >rasé le crâne il y a quelques mois, que j’ai compris à quel point j’étais devenue une marionnette, dans une pièce à laquelle j’essayais de me convaincre que je croyais. Des ficelles accrochées à toutes mes articulations, chaque mouvement était dicté par les pouvoirs que j’avais moi-même laissé faire.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé avoir de longs cheveux et je recevais des compliments à ce sujet. J’essayais de les laisser pousser autant que possible, je faisais systématiquement le test “Est-ce qu’ils touchent mes fesses?” dans la douche, je me courbais de plus en plus pour essayer de toucher mes pointes – et oui, mes fourches – avec mes doigts, à pencher de plus en plus le cou pour… Oui, ça touche.

De temps en temps, après les avoir laissé pousser pendant des mois, je leur faisais une bonne coupe. Je ne les ai jamais aimés courts et j’attendais simplement qu’ils repoussent. Ce bouclier confortable qui entourait, hum cachait, mon visage disparaissait et je me sentais trop mal dans ma peau. La simple idée de quelque chose de plus court qu’un carré, que je détestais déjà, ne me semblait même pas envisageable. Si seulement j’avais su à quel point une coupe rasée m’irait bien…

Ma mère a toujours encouragé mes envies de changement de coiffure puisqu’elle en a eu beaucoup elle-même, et elle en a encore. J’admirais ses aventures capillaires et son attitude à son sujet quand je regardais de vieilles photos d’elle pour voir toutes ses transformations capillaires. Elle n’avait jamais été du genre à obéir à quelqu’un, ou à l’écouter. Une fois, elle s’est fait faire une permanente comme cadeau d’anniversaire POUR MON PERE, pendant qu’ils sortaient ensemble au collège, à son grand désarroi. Possible de faire plus badass que ça ? Elle ne s’en souciait absolument pas. Et ma préférée, c’est sa “coupe garçon”, comme elle l’appelle, la coupe assortie à son style vestimentaire garçon manqué. Elle a porté avec éclat cette coupe courte de la fin de ses études jusqu’au jour de son mariage, au début des années 90. Une femme libanaise grecque orthodoxe qui épouse un homme musulman et palestinien, et qui porte l’iconique coupe à la Di Caprio (et tout particulièrement dans ce magazine pour ados Big Bopper). Les degrés de défiance, de résistance et de choix me laissent toujours béate d’admiration… il y a bien longtemps que cette marionnette était indépendante.

En plus de me prouver qu’on pouvait porter toutes les coiffures que l’on voulait – également une belle leçon de prise de risque – le dénominateur commun, c’est qu’elle est passée par tous ces changements sans prêter attention à l’opinion des autres, tout en repoussant ses propres limites et en abandonnant aussi son propre jugement. Après tout, ce sont ses cheveux, et qui d’autre a son mot à dire ? Si seulement c’était aussi simple. Pourtant, cette simplicité est exactement ce que je voulais.

La personne avec le plus d’idées sur le sujet était ma teyta (ma grand-mère). Même s’il ne s’est jamais passé une journée sans qu’elle ne me fasse des compliments et ne m’aime, elle a instillé en moi l’idée que j’étais belle grâce à mes cheveux longs.

Elle l’a appris, même si je ne voulais pas lui dire car j’avais peur de revenir ramper dans le confort où ses ficelles attachées aux normes de genre m’avaient maintenue. Elle a caressé mes longs cheveux ondulés blondis par le soleil qui avaient poussé, comme nous le souhaitions toutes les deux. “Tu es une reine et tes cheveux sont ta couronne. Plus tes cheveux sont longs, plus grande est ta couronne, porte-les comme tels.” Elle ne tirait pas seulement sur les ficelles de la beauté mais sur le régalien, la dignité, l’amour-propre, le statut et la stature et pas seulement les miens, c’était les siens aussi. Tout ça contenu dans la longueur de mes cheveux. La manière forte.

Je voulais me montrer moi-même, avec mes défauts, mes insécurités, tous les creux et les recoins de mon visage et de ma tête. Et comme je suis un miroir de ma famille, une marionnette dans un groupe de marionnettes, cela voulait dire que j’étais devenue indépendante – une marionnette sans fils (c’est une vraie expression en arabe, pour désigner une personne rebelle et mal élevée, “filteneh”). Comme si mes parents, et leurs parents, ne m’avaient pas appris les bonnes valeurs – comme s’ils m’avaient abandonnée. Ma grand-mère avait encore une fois élevé une enfant rebelle qu’elle ne pouvait pas contrôler. Mais après tout, le fait d’être rebelle était une valeur nécessaire que mes parents m’avaient apprise, à la fois explicitement et implicitement.

Cela a aussi soulevé des questions sur ma sexualité et mon identité. Arriver à NYC et échapper à un environnement où les stéréotypes de genre étaient plus forts. Les filles portent des jupes, les garçons des pantalons. Les filles sont mignonnes et délicates, les garçons sont sportifs et machos. Les filles ont de longs cheveux, les garçons des cheveux courts. C’était aussi un endroit où les gens s’occupent de leurs propres affaires. Ça m’a donné l’impulsion nécessaire pour me détacher des liens que j’avais fait entre ma féminité, mon genre, ma vie de femme et mes cheveux. Ma mère avait commencé l’aventure en desserrant les liens, elle m’avait préparée. Il fallait simplement que je fasse le pas suivant moi-même.

J’avais pris ma décision et j’ai décidé de m’amuser avec. Je n’avais pas besoin de me soucier des dégâts pour mes cheveux puisque j’allais tout couper de toute façon. D’abord, j’ai coupé mes longues boucles (j’ai encore la queue de cheval que mon amie Rose a gentiment coupée avec ses ciseaux de cuisine). Ensuite, je me suis décoloré les cheveux et finalement, je les ai teints dans une couleur verte/turquoise marine. Il était temps.

Je me suis retrouvée, un mercredi après-midi, assise devant le miroir sur le plancher de ma chambre, le rasoir de mon ami Austen dans la main droite. Je l’ai appuyé à l’arrière de mon crâne, dans le dos, et la sensation des vibrations du rasoir contre mon crâne m’a immédiatement donné une poussée d’adrénaline dans tout le corps. Je me tourne vers une autre mèche, et voilà, mon crâne. On m’enlevait un poids, un poids beaucoup plus lourd que la mèche turquoise qui était tombée en désordre sur mes genoux. Et avant même de m’en rendre compte, je m’étais rasé presque tout le crâne, sans même avoir conscience du grand sourire qui me traversait le visage d’une oreille à l’autre. Le cliché de la catharsis que j’expérimentais était très réaliste. Je n’arrivais pas à croire que j’aimais vraiment ce que je voyais (et qui je voyais) dans le miroir, ça semblait tellement normal. Cette nouvelle confiance en moi qui rayonnait sur mon visage, avec mes traits et mes défauts en évidence. J’étais invincible et on ne pouvait pas me convaincre du contraire. Je ne m’étais jamais autant sentie moi-même qu’à ce moment, et je ne me suis jamais sentie aussi moi-même depuis.

Je me suis fait une coupe bleue électrique, un blond décoloré et une coupe garçonne brune depuis et j’ai adoré tous mes looks, fière de moi en portant ma couronne fièrement, sans ficelles. La même fierté avec laquelle je suis allée voir ma grand-mère, celle-là même qui me complimente sur mes cheveux sur Facetime, dans l’espoir que je les fasse repousser. Parce que je sais que ça ne va pas arriver tout de suite, ha.

Et ce n’est pas parce qu’il y avait une part physique de moi en moins qu’il y avait quelque chose en moins par rapport à ce que les gens connaissaient. Au contraire, il y avait plus de moi, une image plus complète. Ça ne veut pas dire que je n’aurai plus jamais de longs cheveux ou que j’ai guéri toutes mes peurs et mes insécurités, quand même pas… mais c’est le premier choix que j’ai fait uniquement pour moi. J’ai pu mettre en perspective beaucoup d’autres décisions que j’avais prises et que je continue à prendre, et j’essaie d’aborder les choses avec la même fierté, la même confiance en mon instinct. Je peux faire plus de mouvements désormais, et selon mes propres conditions.

6 comments

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  • C. Swash 5 avril 2019, 9:57 / Répondre

    You go girl!

  • She is an amazing storyteller and her eyes are pools of light! Total love.

  • Isaac Hindin-Miller 5 avril 2019, 3:22 / Répondre

    You are so badass and now I wanna go shave my head so we can be FILTENEH together ??

  • Bravo!

  • YOU DO YOU GIRL! Sometimes you just have to do things on your own terms and not allow other people to affect your judgment. Cheers to us!

    Natalie
    http://weandno.com

  • Naydeline 21 avril 2019, 3:11 / Répondre

    This story reminds me of when I did my big chop – cut off all my permed, chemically-treated hair. It was a big leap because for so long my worth, and attractiveness as a Dominican woman was related to my hair and how « bueno »/ »good » it was – aka straight. I especially like this line: « Just because there was physically less of me doesn’t mean there was any less of me that people knew. If anything, there was more of me, a fuller image of me », because this is exactly how I felt after my big chop – freer and a more fuller image of myself.

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