DORE_LIFESTYLE_MOTHERHOOD_AND_CAREER

Navigating Motherhood & Career

2 months ago by

J’ai beaucoup réfléchi à la maternité depuis quelque temps.
Pas parce que je l’envisage pour mon futur proche.
Non, parce que j’en suis admirative. Terrifiée. Impatiente. Obsédée par cette idée.

C’est peut-être parce que je viens juste de finir le nouveau roman de Taffy Brodesser-Akner, Fleishman Is in Trouble (sur une femme qui fait une dépression causée par les pressions sociales liées à la maternité, associée à une carrière très stressante), ainsi que les mémoires de Sheila Heti, Motherhood.

Peut-être parce qu’hier soir, une amie a fait remarquer que j’avais une personnalité maternelle. J’avais cuisiné à dîner pour deux de mes amies et j’étais en train de faire la vaisselle et de tout ranger quand l’une d’elles a commencé à vagabonder dans mon appartement et à déplier les piles de vêtements soigneusement rangées à côté de ma commode. J’étais dans la cuisine, les mains plongées dans l’eau de vaisselle et j’ai crié : “Merci de replier ça et de le remettre là où tu l’as trouvé !” et elle a répondu, en riant à moitié, à notre autre amie : “Parfois, j’ai l’impression que Linne est ma mère.”

C’est peut-être parce qu’à chaque fois que je vois une femme avec son sac plein de couches qui lui scie l’épaule en train de galérer pour porter une poussette dans les escaliers du métro, je fais une crise d’angoisse par compassion pour elle.

Vous voyez, j’ai toujours su que je voulais devenir mère. Mais j’ai aussi toujours su que je voulais avoir une carrière. Donc oui, quand j’étais petite, je pouvais m’occuper de ma Barbie pendant des heures mais je pouvais aussi passer des heures à jouer avec mes coloriages où à regarder le papier glacé des magazines.

Je commence à comprendre cette histoire de carrière. Ou en tout cas, j’ai l’impression d’être sur la bonne voie. Et même si la maternité ne fait clairement pas partie de mon futur proche, je commence à y penser et à prendre peur. Certains jours, je rentre du travail, comblée par ma propre productivité, je me sens complètement épuisée à l’idée d’avoir quoi que ce soit d’autre à faire que me coucher sur le canapé pour regarder Bravo, sans soutien-gorge. Dans ces moments-là, la question que j’ai en tête devient : mais comment diable font les mères ? Comment font les mères pour s’occuper de leurs enfants, de leur partenaire, de leur maison quand elles rentrent du travail ?? Comment diable est-ce que je vais bien pouvoir m’en sortir quand je deviendrai mère ???

Ma propre mère a choisi une certaine manière d’être mère. Elle est entièrement dévouée à son travail et à ses deux enfants à la fois. En chemin, elle a fait des choix qui lui ont permis de faire de ces deux choses des priorités claires. Je lui suis reconnaissante de ses choix et ils m’inspirent.

Mais je voulais aussi voir comment font d’autres mères, dans l’espoir de pouvoir apprendre de diverses expériences. J’ai donc décidé de partir à la recherche de mères.

Les trois mères à qui j’ai parlé ont des histoires très différentes. L’une d’entre elles est mère célibataire avec un jeune fils et elle travaille à temps complet, avec un poste haut placé dans l’industrie de la mode. Une autre est mariée avec deux garçons, elle a choisi de rester à la maison quand ses enfants étaient jeunes avant de reprendre ses études pour devenir infirmière quand ils sont devenus grands. Et la dernière est mariée, avec un jeune garçon, et dirige sa propre entreprise.

Elles nous parlent ci-dessous de l’équilibre délicat entre la maternité et la carrière, les choix difficiles qu’elles ont dû faire au passage et de leur surprenante réponse à la question : “Les femmes peuvent-elles tout avoir ?”…

____________

Sur leur décision (ou leur absence de décision) de rester à la maison ou de retourner travailler…

Samira Nasr | Directrice exécutive mode à Vanity Fair, mère célibataire d’un petit garçon
Je suis mère célibataire donc je n’avais pas vraiment le choix. C’est juste comme ça. J’ai besoin de prendre soin de ma famille et j’ai besoin de travailler. Mais je suis très reconnaissante parce que j’ai un travail et parce que c’est ce travail. Je ne tiens pas ça pour acquis.

Il faut y aller et créer la vie qu’on s’était imaginée. Je crois que les femmes doivent comprendre ça : vas-y et crée la vie que tu veux. Ça ne ressemble peut-être pas à la famille de la personne à ta droite ou de celle à ta gauche, mais c’est ta famille. Et c’est ton histoire, elle est unique.

– Samira

Quand j’ai adopté Lex, les lois de l’état de New York ne donnaient qu’une semaine de congé maternité. A l’époque, mon patron m’a accordé trois semaines et demi, mais il fallait quand même que je sois joignable par mail. Je continue à penser que je n’ai jamais eu autant de temps que je le méritais avec mon fils. Je n’étais donc pas heureuse de retourner travailler. C’était dur, très dur. Cette impression de ne pas être une assez bonne mère et de ne pas être non plus assez bonne au travail était amplifiée parce que je n’avais pas eu le temps dont j’avais besoin.

Ellyn Rubin | Mère au foyer devenue infirmière spécialisée dans les accouchements, femme mariée avec deux fils adultes
J’étais orthophoniste à la naissance de mon premier fils… Je suis passé à mi-temps. Pendant ces deux années, j’avais vraiment du mal à me concentrer sur mon travail parce que je n’arrivais pas à ne pas penser à mon foyer.

A la naissance de mon second fils, j’ai su que je devais rester chez moi parce que je n’en pouvais plus. Je devais être avec mes enfants.

Mon mari et moi avions la chance de pouvoir nous le permettre. Mais quand ils sont entrés à l’école, j’ai commencé à me demander en permanence : “Est-ce que je devrais retourner travailler ?” Cette question ne me sortait pas de la tête. Et en même temps, je me sentais heureuse à l’idée d’éduquer des enfants bien élevés.

Je suis fière d’avoir pris la décision d’être mère au foyer, tout particulièrement parce que c’est stigmatisé. Quand on sort et qu’on rencontre des gens qui travaillent, ils demandent toujours : “Tu fais quoi comme travail ?”… et tu te recroquevilles en disant : “Je reste à la maison avec mes enfants”… et c’est la fin de la conversation…

Lydia Andrews | Fondatrice et designer à Maple and Moss Designs, mariée et mère d’un garçon
Quand j’ai tenu mon fils, Oliver, dans mes bras pour la première fois, je me suis dit : “Je ne peux pas retourner travailler !” J’avais vu beaucoup de mes amies rester à la maison et je pensais que j’allais faire pareil. Mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas fait pour moi d’être en permanence à la maison. J’ai commencé à être déprimée, je ne me reconnaissais plus. Je me sentais coupable et honteuse que mon fils ne m’apporte pas assez de joie pour remplir ma vie à lui seul. J’ai commencé à mal vivre ma nouvelle maternité. Je voulais passer du temps chez moi avec Oli, mais je voulais aussi poursuivre mes passions.

A l’époque, je ne pouvais pas me permettre de payer la crèche. Ce n’était pas sensé, en comparaison de mon salaire. Donc je m’en suis occupée peu à peu. Oliver passait du temps chez des amis ou de la famille quelques heures par semaine. Ce n’est pas facile de fonder une entreprise. Mais avec un bébé accroché au sein ? C’est complètement fou.

Sur ce qui les a surprises dans la maternité…

Samira : Je n’ai jamais l’impression que ça s’améliore. Pas au sens “pauvre de moi” mais l’effort constant pour atteindre un équilibre et avoir l’impression de m’en sortir bien partout est difficile et je suis surprise de continuer à être surprise par ça.

Ellyn : Tout s’est vraiment passé en un clin d’oeil, si rapidement… Quand j’y repense, c’était les années les plus heureuses de ma vie, du temps bien dépensé.

Lydia : Mon mari et moi, nous rions en repensant aux conversations que nous avions avant d’être mariés : “Alors, nous aurons un bébé et puis après nous attendrons quelques années (nous ne voulons pas qu’ils soient trop proches en âge, mais pas trop éloignés non plus) pour le deuxième.”

Je ne m’excuserai pas pour notre façon d’être une famille.

– Lydia

Oliver est né au bout de 33 semaines. Je souffrais de pré-éclampsie sévère. J’ai fini par passer 12 jours à l’hôpital. Oliver y a passé un mois. C’était l’enfer. Nous avons attendu longtemps avant d’essayer pour un deuxième. Depuis Oliver, nous avons eu quatre fausses couches. Deux années de douleur et de tristesse – la dernière fois, nous avons perdu des jumeaux. Je ne le dis que pour dire à quel point les attentes qu’on a en tant que parents sont difficiles. Quand on n’arrive pas à atteindre cette vision de la maternité dont on rêvait, c’est difficile. Nous pourrions nous montrer tous un peu plus sensibles quand on parle de maternité…

Sur le mythe de “pouvoir tout faire”…

Samira : Je crois que c’est le pire mensonge jamais raconté. Je crois qu’on peut tout avoir, mais à certains niveaux. Il faut placer en priorité ce qui est important à vos yeux. Et on ne peut pas tout avoir en même temps, de la même manière, au même niveau. D’après mon expérience de mère célibataire à New York City, on ne peut tout simplement pas. Je peux toujours vivre plein de choses différentes, je peux toujours ressentir de la joie et j’ai une vie riche, pleine.

Ellyn : Peut-être qu’on peut tout avoir, mais pas en entier. On ne peut avoir qu’une certaine quantité de temps. Le temps est limité, il est fini. Alors si vous avez une famille géniale, une carrière géniale, des passions et des hobbies géniaux, alors vous allez passer votre temps à choisir une chose par rapport à une autre… Je crois qu’on peut être heureux et avoir plein de choses formidables dans sa vie. Mais tout avoir ? Non, je ne pense vraiment pas.

Lydia : Si vous voulez tout avoir, vous pourriez aussi bien abandonner tout de suite. Tout ce qu’on peut faire, c’est avoir une vision précise de ce que ça veut dire. L’équilibre n’est vraiment pas durable.

Sur les sacrifices qu’elles ont faits…

Lydia : Je dînerais chaque soir avec un ami différent si je le pouvais. A une époque, nous avons essayé et puis mon cher mari m’a regardée et a dit : “Nous avons besoin de passer quelques soirées à la maison chaque semaine. Ça fait trop.” Il avait raison. Je me raccrochais désespérément à ce qu’étaient les choses avant l’arrivée d’Oliver, en insistant sur le fait qu’avoir des enfants n’allait pas nous changer. Mais si, les choses avaient changé. Elles changent encore. Et l’amitié change, aussi.

Sur la femme qu’elles étaient avant la maternité et la façon dont elles ont évolué…

Samira : C’est elle qui m’a menée jusqu’ici. C’est qui je suis, au plus profond de moi. Mais je ne crois pas que je pourrais redevenir cette personne… Je suis une maman désormais. Ça m’a changée et je suis vraiment reconnaissante pour ça. Alors je garde l’essence qui était la sienne et je l’emporte avec moi. Je suis là où je suis aujourd’hui et c’est là que je dois être.

Ellyn : Dès sa naissance, ça a été… mon dieu… cet amour vous porte dans un autre monde. Je voulais juste être avec lui tout le temps, le contempler (rires)…

Mais au moment où ils ont quitté la maison, j’ai senti que j’avais besoin de trouver ailleurs un but et une source de satisfaction qui m’appartiennent.

J’ai appris que c’est une bonne chose de montrer aux gens qu’on peut faire des choses en dehors de sa zone de confort.

– Ellyn

J’ai toujours su que je voulais travailler dans le secteur médical, mais j’ai eu beaucoup de doutes quand j’ai fini le lycée et que je suis entrée à la fac. En prenant de l’âge et une fois les garçons devenus grands, j’étais en mode “Et puis merde ! Tu sais quoi ? Je vais mettre de côté tous mes doutes et mes peurs et je vais le faire !” Je devais faire environ deux années de remise à niveau à la fac.

J’avais un portable Dell qui faisait à peu près 5 cm d’épaisseur et qui pesait probablement 3 kg – un vrai dinosaure. Quand je suis arrivée en cours, je me suis assise dans le fond et je l’ai sorti de mon sac. J’ai observé les enfants pour voir ce qu’ils faisaient. Ils écrivaient avec un stylo et du papier ou ils prenaient des notes sur leur portable ? Je me souviens d’avoir pensé que si, par malheur, ils prenaient des notes sur leur portable, je ne savais pas ce que j’allais faire !

Ensuite, je suis allée à l’école d’infirmière. Il y a eu beaucoup de moments où ça a été vraiment gênant d’être aussi vieille, pas à ma place. Mais ce n’est rien. J’ai appris que c’est une bonne chose de montrer aux gens qu’on peut faire des choses en dehors de sa zone de confort. Je m’y suis habituée. Devenir infirmière m’a aussi permis d’apprendre qu’il ne faut pas avoir de préjugés sur les gens quand on ne connaît pas leur parcours. Ça a été une expérience formidable pour moi.

Lydia : Je restais éveillée jusque tard dans la nuit. J’ai créé mon propre site web. Je mettais le bébé dans la poussette pendant que je décorais des maisons. J’ai beaucoup pleuré. Mais tu sais quoi ? J’ai commencé à redevenir un peu moi-même. C’était mieux pour mon mari et mon bébé. J’étais fatiguée mais ça en valait le coup. Est-ce que c’était ce dont je rêvais ou ce que j’envisageais pour moi ?! Non. Pas le moins du monde. Mais la parentalité, c’est des relations de cause à effet. Réagir en fonction d’où on en est à ce moment précis et faire de petits choix pour arranger sa famille, son planning, ses finances.

7 comments

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  • Linne, thank you for this – can relate to this so much! <3

  • Loved this, and how about a follow-up conversation on fatherhood? I wish there were half as many articles dedicated to the question of, « Can men really have it all? » as there are about women. Of course society places unique pressures on women, but maybe if we had a less gendered conversation around parenting that could start to change. For example, as the sole financial provider, was Ellyn’s husband able to have the type of relationship he wanted with his children, or did he feel like he was falling short at times in the fatherhood department?

  • Hear, hear!! Yes, please! So necessary to hear the male side – because fatherhood has a huge impact on them too; another example: what about the pressure of having to be the main provider due to gender.

  • So inspiring!! Thank you so much for this.

  • Interesting read.
    One good thing though is that if you live with your partner and have children is that yes you will attend to your children’s and your partners needs but they will attend to yours as well!
    Thats family!

  • Thank you for this. I’m soooooooo glad I don’t live in the US!!

  • This is such an important conversation. There’s one glaring omission though: the partner. Linne, if there’s any advice I could give it’s please, please, please don’t put all the pressure on yourself. Ask your future partner how they will manage having kids and a job as early as possible. What will they do? What do they not want to do? What do they expect of you? It may seem « too soon, » but it never is.
    I’ve seen so many talented, amazing girlfriends assume that their husband would share parenting equally—because that’s what we all think, in theory—only to be shocked when they had to nag about every little thing. They’re exhausted and bitter. But it doesn’t have to be that way! My husband and I had many, many excrusiatingly detailed conversations before having kids. And I can say we actually split things very fairly. We are both able to have jobs we enjoy, and an amazing daughter. It’s been a huge challenge. But it’s also been full of joy. No one can have it all, but with some planning and the nerve to have tough conversation early, far more women can have more!

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