On Escaping….

5 months ago by

Ma mère s’est remariée quand j’avais 11 ans. Nous avons donc déménagé dans un autre quartier de la ville et j’ai été inscrite dans une nouvelle école. Les habitudes et la routine me servaient de repères pour me rassurer pendant la séparation puis le divorce de mes parents. Je me suis retrouvée avec de nouvelles habitudes et une nouvelle routine, mais les deux étaient encore trop neuves pour pouvoir les considérer comme telles.

Je me suis aussi retrouvée avec une maison plus grande que je n’aurais jamais pu l’imaginer. J’étais habituée à partager une chambre avec ma soeur. Toutes nos possessions étaient en permanence sous nos yeux à n’importe quel moment. Il me faudrait désormais des mois avant d’avoir besoin d’ouvrir chacun des placards de la maison.

Mon beau-père était (et est toujours) le genre de personne à se coucher tous les jours à 9 h et ma mère a sagement suivi son exemple. J’étais donc laissée à moi-même dans une nouvelle maison qui me semblait aussi étrangère que les montagnes de chair qui commençaient à s’accumuler sur ma poitrine (et dont j’avais à peu près autant envie que des piles de moutons sous mon lit).

Une des pièces dans laquelle j’ai passé beaucoup de temps la nuit était le bureau de mon beau-père. C’était la seule pièce de la maison avec un bureau relié à un modem, et donc connecté à internet et au monde extérieur.

Les murs de son bureau étaient couverts de livres. On trouvait principalement des lives sur Churchill, Roosevelt et JFK. Mais au milieu de tous ces archétypes de mâles blancs du 20e siècle, se trouvait une tour de CDs. Je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention pendant les premiers mois, j’essayais simplement de ne pas la faire tomber en allumant la lumière.

Et puis, un vendredi soir particulièrement ennuyeux, j’ai enfin commencé à farfouiller parmi ces carrés en plastique. Et je n’ai pas eu besoin de farfouiller longtemps avant d’être captivée par un carré de plastique en particulier : Rolling Stone, Forty Licks.

J’avais à peine embrassé un garçon, encore moins utilisé la langue et je n’avais jamais rien “léché” d’autre qu’une sucette mais ce n’était pas grave. La photo de couverture parlait une langue universelle. Elle me montrait que c’était un sujet qui allait bien au-delà de mes connaissances.

J’ai mis le premier des deux CDs dans la chaîne de mon beau-père, appuyé sur play et je me suis immédiatement échappée du corps qui me semblait être aussi étranger que les moutons sous mon lit encore plus poussiéreux ?

155 minutes plus tard (le temps de quarante léchages selon les Rolling Stones…), en en voulant toujours plus, j’ai soigneusement tapé “Rolling Stones” à cet âge de pierre d’internet et un nouveau monde s’est ouvert devant moi alors que je tombais dans le puits à souhait, mangeais tous les gâteaux, rencontrait le chat du Cheshire et regardais à peu près 50 de leurs concerts cette nuit-là (c’est-à-dire à peu près tout ce qu’on pouvait trouver sur internet à l’époque).

Abandon. Joie. Souffrance. Concert.

Ils jouaient en s’abandonnant de manière irréfléchie. Comme si personne ne les regardait – sauf que des centaines de personnes les regardaient – mais pour eux, non, il n’y avait qu’eux, ils ne répondaient qu’à eux-mêmes.

Les Rolling Stones ont été la première chose qui m’a appris à m’échapper. Avec eux, je pouvais m’échapper de la maison où je vivais, du corps qui changeait sans mon consentement, et surtout l’impression négative de n’être pas assez bien.

Ils m’ont sauvée d’une quantité incalculable de souffrance, de solitude et d’angoisse.

Ce sentiment qui me prend quand je danse seule est encore aujourd’hui ma béquille pour survivre à tout. Avoir la possibilité de m’échapper à la première note, par un déhanchement, voilà mon arme secrète, mon armure et mon église.

Being able to escape at the drop of a note, and a shake of the hips is my secret weapon, my armour and my church.

Ok, il est donc évident que c’est important pour moi de pouvoir m’échapper et nous y avons donc dédié un mois entier sur le site. :)

Et comme vous pouvez le voir, “s’échapper”, ce n’est pas seulement une question de Mai Tais et de plages (même si je prends tout ça dès que possible). S’échapper est une attitude, quelque chose qu’on peut faire quand on ressent le besoin de trouver la force d’affronter une nouvelle journée, ou même de survivre une nouvelle heure.

Venez donc vous échapper avec nous pour un mois. Nous allons parler de nos stratagèmes quotidiens pour nous échapper, comme les bains, des moyens plus extravagants comme les voyages en solo, voyager un peu à travers des éditos mode et entendre des femmes qui ont dû s’échapper de leurs pays d’origine, avec quelques autres idées pour s’échapper parsemées au milieu…

5 comments

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  • Beautifully written Veronica!!!! Take me away!! :)

  • To the rolling stones we go!!

  • Beautifully written! And so relatable~
    Music is my escape, my space within every space.
    And even more since I moved from Germany to Japan two years ago. Going to concerts or putting on head-phones allows me to find entrance to « myself » whenever I am overwhelmed.
    My current favourite group’s – a RnB/New Soul group from Osaka called Neighbours Complain – new album has a song called « Escape » and it’s just that in a very good way

  • Shireen Bora 22 mars 2019, 6:30 / Répondre

    <3

  • Thank you for this Veronica!. I agree with you and look forward to book a session.

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