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Why You Can’t Shop Your Way to Sustainability

3 months ago by

On me pose souvent la question. Je sais toujours quand on va me la poser et l’attente suffit à me retourner l’estomac. Quand les gens apprennent que je suis une professionnelle du développement durable spécialisée dans la mode, ils me demandent systématiquement : “Et donc, où fais-tu du shopping ?”

Je déteste cette question parce que je n’ai pas de réponse toute prête – une liste de marques, de matériaux ou d’entreprises à soutenir.

Toutes les informations que j’ai récoltées avec le temps viennent de mes recherches universitaires sur les impacts environnementaux de tous nos tissus et d’expériences de voyage dans le monde pour étudier l’industrie. Mes voyages m’ont menée dans les champs de coton du Texas, dans les usines de jean en Chine, dans les marchés d’occasion en Afrique (car oui, c’est souvent là que se retrouvent les vêtements dont nous faisons don ou que nous apportons à des organismes de don). Et tout ce que j’ai appris ne peut pas se résumer à un discours d’une minute (désolée, je sais que c’est pénible mais je vous promets que si vous continuez à lire je ne vous décevrai pas).

J’ai du mal à répondre à cette question parce que la question se base sur l’idée que le shopping peut contribuer à un développement durable – et c’est faux. Parce qu’à cause de tout le marketing du développement durable, nous avons cette idée qu’un vêtement peut s’inscrire à 100% durable à condition de choisir les bons matériaux. Et pourtant, la science nous dit que c’est faux. La production d’un tissu, même le plus “durable”, fait, par exemple, de fibres recyclées, a toujours un impact environnemental (sans même parler de l’impact social) énorme.

Laissez-moi vous expliquer rapidement ce que la production d’une simple chemise en coton implique : il faut faire pousser le coton (ce qui implique beaucoup d’eau, de pesticides et d’herbicides). Il faut égrener le coton (séparer les graines des fibres blanches duveteuses). Cette fibre en coton doit ensuite être transportée jusqu’à un moulin (ce qui implique souvent d’aller d’un continent à l’autre). Puis cette grosse bouillie de fibres de coton doit passer par ce qui ressemble, en gros, à un brushing de coton pour que les fibres se tournent toutes dans la même direction. Ensuite, il faut les tourner en pelote. Placer ensuite cette pelote sur un métier à tisser, ajouter de l’amidon pour donner plus de force. La pelote est ensuite tissée et nous avons enfin un textile. Le textile est ensuite traité pour enlever l’amidon (encore un processus chimique) avant d’être blanchi et mercerisé (soit encore d’autres processus chimiques à des températures très élevées). Il est ensuite coloré (les fibres ne peuvent pas absorber les teintures par simple contact, il faut des températures très élevées). Et tout ce tissage, tout ce chauffage, ça implique beaucoup d’énergie et la plupart de nos tissus sont produits en Chine où l’énergie au charbon est prédominante. Je pense que vous commencez donc à comprendre l’idée, l’empreinte environnementale est énorme.

Avec des fibres recyclées, on élimine la culture du coton mais on remplace cette partie par un autre procédé énergétique ou chimique intense pour briser la fibre et la tisser dans une nouvelle pelote, et on reprend toutes les étapes restantes. (Et si vous vous sentez vraiment l’âme geek, allez voir cette vidéo YouTube, elle vous montrera toutes les étapes). C’est pour ça que tous les écrits universitaires sur le thème n’apportent pas de vraie conclusion (parce que l’impact énergétique peut changer dramatiquement selon la source d’énergie utilisée – le charbon ou une énergie renouvelable). Même s’il semble y avoir un consensus global sur le fait que les tissus synthétiques recyclés (comme ces vêtements en bouteilles de plastique recyclées dont tout le monde parle) ont un impact sur le climat plus important que toutes les fibres naturelles.

C’est à cause de toutes ces étapes et de la quantité astronomique de vêtements que nous consommons que l’industrie des vêtements représente presque 10% de l’empreinte carbone du monde. Et si nous ne changeons pas de trajectoire, nous en serons en 2050 au stade où ça représentera 25% de l’empreinte carbone mondiale. Vous comprenez pourquoi j’ai du mal à répondre à cette question ?

Le shopping ne peut pas contribuer à un mode de vie durable.

Mais la vraie question que nous devrions nous poser, selon moi, c’est celle-ci : comment devrions-nous nous habiller ? Sans rien. Je rigole (c’est une période difficile pour le monde, il faut bien en rire). Mais sérieusement, au lieu de faire du shopping en fonction des marques, je passe beaucoup de temps à réfléchir à un style qui me correspond. Avant, nous étions admiratifs des Français à cause de leur style, et je pense que c’est partiellement parce qu’ils sont moins intéressés par les dernières tendances que par leur personnalité, ils réfléchissent à se créer un style plus stable. Aujourd’hui, par exemple, je porte un jean que j’ai acheté à la fac (waouh, ça veut dire que c’était il y a plus de 15 ans) et une chemise en coton japonais tissé par une formidable designer émergente, Maheen Khan, pour sa marque Monokrome, au Bangladesh. Elle essaie de faire progresser le débat sur le développement durable dans un pays qui produit une quantité énorme de fast fashion très dangereuse. La chemise me va parfaitement, je vais la porter pendant longtemps et ça me rend heureuse parce que c’est un souvenir très positif de ce voyage.

Je me rend aussi compte que je ne suis qu’une personne parmi 7 milliards d’êtres humains sur la planète, et nous portons tous des vêtements. Et même si les décisions liées à nos achats personnels sont importantes pour montrer ce qui est normal (c’est-à-dire montrer qu’on peut être stylé sans acheter en permanence de nouvelles choses), le vrai moyen de se faire entendre, c’est de forcer les entreprises qui produisent la plupart des vêtements à nous écouter.

C’est pour ça que nous avons lancé, au New Standard Institute, une pétition pour demander aux marques de fast fashion d’analyser et de publier leur impact environnemental, de se fixer des objectifs pour réduire cet impact et de montrer leurs actions pour atteindre ces objectifs. Vous pouvez soutenir nos efforts en signant la pétition ici. Il n’y a pas besoin de beaucoup de gens pour forcer les entreprises à écouter et à agir (et je dois rappeler que voter sur des politiques environnementales – comme la NRA avec les armes – est une autre manière d’avoir un fort impact sur l’environnement).

Nous vivons une époque très difficile, l’époque de la montée des nationalismes, du réchauffement climatique. Nous pouvons faire certaines actions (et ne pas en faire d’autres) pour avancer dans la bonne direction. Être un citoyen actif, voilà la vraie voie vers le développement durable. Alors, qu’est-ce que vous portez, et d’où est-ce que ça vient ?

9 comments

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  • Thank you for making me more aware. Team Dore, I love these types of pieces. I hope you do more of them.

  • This is an excellent explainer. Very thorough and nuanced.
    I lived in Africa and saw the second-hand clothing market; the important thing is that people there just don’t have lots of clothes, they take care of what they have, they tailor it to work for them. Now they are so awash in our cast-offs that they refuse them.
    Second-hand is the most environmental option. Give that stuff a second life. Like you, I have some museum pieces in my wardrobe. My older clothing is of much better quality than the newer stuff, even if I had less money back then and didn’t buy high-end stuff.

  • In Mumbai- India, Fashion Street is good place to find out your answer. Do visit.

  • Such an excellent post! People always say they can’t afford to be sustainable because sustainable brands are expensive but they totally forget about the second hand clothes. Using the clothes that already exists- that’s the way!

  • Thank you for he article, simple and honest. It is difficult issue, I’m like you I like quality clothes and don’t buy every fad going. I don’t like going into shops like H&M, primark, actually the Gap where there is SSSSSOOOO much clothing, is there a need to produce on this level. Where is the excess dumped.? The smell walking into some of these shops just so chemical.
    I wonder is the way forward is for manufacturers to produce less, and dare I say reduce the profit margins because let’s be honest this is where it all lays.

  • I love this piece! I am struggling with reducing my footprint related to clothing as well.

    Buying less, repairing damaged items, tailoring clothes that don’t fit and shopping second hand seem like the best options to go forward. However, these can be time consuming. At first, I limited myself to real second hand shops, but now I am trying online second hand platforms as well. Although the shipping footprint can be larger, I do think it is better than getting new clothing (especially fast fashion).

    Now I am looking into ways of making it more fun and less forced. I get so much more pleasure out of wearing things that have a history. Also, the quality of vintage clothing!! Wool things are my favorite, wool skirts, sweaters and pants.

    Team Doré: I would love to read more on sustainable style: Approaches to buy less, vintage clothing shopping (best investment pieces), how to decide on your style beyond one season etc.

  • These days I mostly shop secondhand out of choice. I’d love to learn more about how doing so makes a difference. How can we pressure manufacturers to make changes production and output?

  • Un article intéressant. J’aime la notion de style stable : savoir ce que l’on aime, choisir ce qui dure.

  • Bravo! C’est une très belle initiative dont on a tous vraiment besoin dans l’industrie.
    Le premier pas reste quand même celui d’acheter moins, même si quand je dis cela ça va à l’encontre de tout business. En fait c’est le point d’orgue  » Buy less , choose well  » . ça demande une vraie prise de conscience de ses propre ressorts et modes de consommation. Ça demande de devenir plus « austère » soi-même ( « en ai-je vraiment besoin? ») et cela n’a rien de facile, mais plus il y aura d’initiative comme celle-ci plus la prise de conscience sera collective!

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