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Art of Life / Richard Christiansen

4 years ago by

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Erik Melvin

The Art of Life est une nouvelle série dans laquelle on a envie de vous présenter des gens dont la façon de vivre, le style de vie, nous inspirent. En explorant la notion de style, je me suis rendu compte que c’était plus qu’une manière de superposer ses vêtements : c’est une démarche, une façon de manger, les gens qui vous entourent, les choix de vie que l’on faits. Les personnalités de ce nouveau chapitre ont d’une manière ou d’une autre façonné leur vie en fonction de leurs centres d’intérêt, de leurs rêves, leurs choix.

Ce sont des gens qui énoncent leurs propres règles, racontent leurs histoires, et choisissent leur avenir… On est donc super heureux de pouvoir tirer quelques enseignements de leur expérience et de les partager avec vous !

– Garance
_________________

Dire que Richard Christiansen est « unique en son genre » semblerait presque un peu restrictif. C’est vrai, il est unique, mais tellement plus que ça. Créatif, leader, apiculteur, aventurier (il vient de faire l’ascension de l’Everest), conteur, magicien… Il a mille anecdotes à partager. Il a le monde à ses pieds, une agence de créa à succès, Chandelier, et malgré ça, il reste d’une rafraichissante modestie.

C’est peut-être cette humilité, ou sa curiosité naturelle, qui ont transformé ses initiatives en succès. Tout ça et beaucoup de travail, évidemment. Comme je le disais, « unique en son genre » est un peu restrictif.

Bref, sans plus attendre, on est très heureux de partager avec vous cette interview… unique !

Art of Life / Richard Christiansen

Cette interview, c’est un peu une réflexion sur ton « art de vivre », puisque apparemment tu as développé une certaine approche, assez inspirante. Allez, c’est parti… Qu’est-ce que tu réponds quand les gens te demandent ce que tu fais dans la vie ?
Je suis directeur artistique. Quand j’arrive à l’aéroport, au service immigration, on me demande toujours ce que ça veut dire. Je réponds en général : « J’aime me servir de ma créativité pour résoudre des problèmes et créer de nouvelles idées. »

Tu viens d’Australie, tu as un bureau à NY, à Los Angeles et bientôt à Tokyo. Sans compter le magnifique Mermaid Ranch dans les Hamptons. Où te sens-tu vraiment chez toi ?
C’est une question un peu particulière. L’endroit où j’ai passé le plus clair de mon temps ces dix dernières années, c’est la bibliothèque du Chandelier Penthouse à New York. Je m’y sens chez moi, d’une certaine manière. J’adore y passer du temps. Je crois profondément en l’idée du genius loci – dans la tradition romaine, le genius loci était l’esprit qui protégeait un endroit. Et ce lieu dégage une énergie particulière. Surtout tard le soir, quand je suis seul avec mes chiens, je peux m’asseoir, réfléchir, et rêver entouré de mes livres.

Ceci dit, je vais bientôt déménager à LA, dans un lieu où je travaille déjà depuis trois ans. Voilà l’histoire : dans les années 1940, deux séduisants et énergiques entrepreneurs sont arrivés en Californie, et ils ont bâti leur vision du paradis terrestre sur les collines surplombant Los Angeles. Dans les années 50, le Flamingo était devenu une enclave hédoniste à LA. C’est devenu le Q.G. d’une boite de production de films érotiques, ainsi qu’une résidence artistique pour photographes et artistes.

Depuis trois ans, la propriété Flamingo est rénovée par mes amis du Studio KO, à Paris. Dans ce nouveau lieu, on mettra à l’honneur la créativité sous toutes ses formes, l’horticulture, et la liberté créative. Ce déménagement m’enthousiasme. LA c’est un peu le nouveau New York, en ce moment. Et j’imagine que c’est un peu mon nouveau chez-moi.

En grandissant, comment voyais-tu ton avenir ?
Je voulais donner du rêve, je croyais à la magie ! J’ai grandi dans une ferme, dans la campagne australienne. J’ai passé des heures à rêver d’Amérique, des gens célèbres qui y vivaient. Mais je rêvais aussi de lointaines contrées exotiques. Je dévorais les aventures de Tintin, j’avais envie d’explorer tous ces mystérieux endroits. J’ai aussi lu tous les romans de Roald Dahl et j’avais envie de rencontrer tous ces personnages. De trouver un univers où toutes ces choses étaient réelles.

J’étais très en colère contre ma mère quand on rentrait de vacances. La veille du retour, elle disait toujours : « Allez, retour à la réalité. » Et ça me rendait dingue. Et ça continue, elle l’a encore redit cette année. Je me fâchais : « Pourquoi est-ce que la réalité ne peut pas être aussi belle que nos vacances ? Pourquoi le quotidien doit-il forcément être monotone ? »

Qui étaient tes héros ?
J’en ai quelques-uns, et ils partagent des points communs.

Walt Disney a toujours été un de mes héros d’enfance, depuis très jeune. Il avait l’audace de rêver, mais aussi de changer les choses. Et c’est souvent ce qui arrête les gens. On est presque tous capables de faire preuve de créativité, mais le vrai talent, c’est de pouvoir passer à l’acte. Ne pas seulement DIRE les choses, mais les FAIRE. Il a créé des choses qui ont eu un impact sur les gens, qui leur a fait vivre des choses merveilleuses. C’est un peu pareil pour Jim Henson et les Muppets.

Le mythique artiste australien Ken Done est aussi l’un de mes héros, qui continue à m’influencer. Haut en couleur, audacieux, 100 % libre. Il a son propre style et ne se préoccupe pas des autres. Quand j’ai pu le rencontrer il y a quelques années, j’étais très impressionné. Il m’a raconté que lui aussi était venu à NY très jeune pour travailler dans la pub (comme moi). Il vient aussi d’un milieu modeste, et il se souvenait de s’être assis au bar du Plaza Hotel de NY et senti incroyablement heureux. A l’époque, Ken dessinait des story-boards pour des agences de pub (à des lieues de ce que peut être l’Australie rurale) et se disait : « Ça y est, j’ai réussi ma vie. » Il ignorait encore qu’il deviendrait l’un des plus grands artistes australiens. Ça prouve que même les héros peuvent être des work-in-progress. Après cette entrevue, Ken m’a offert un des dessins qu’il avait fait pendant cette période, et c’est un cadeau que je chéris.

J’ai aussi une passion pour les compagnies aériennes, donc j’admire bien sûr Sir Richard Branson. Aujourd’hui, on connaît tous son parcours, mais quand j’étais jeune, je dévorais tous les articles et les ouvrages le concernant. J’adorais sa façon de mettre des coups de pied dans la fourmilière, de faire bouger les choses. De miser sur le perdant. Il a réussi à créer une marque qui donnait envie aux gens. Les marques du groupe Virgin n’ont pas ce côté corporate, ce sont des espaces de liberté et d’aventure, pleines de jeunes gens qui ont des tonnes d’idées. Il y a quelques années, on nous a demandé de bosser sur un gros projet pour Virgin. Le jour de la réunion, j’étais tellement stressé que j’ai failli vomir. J’ai supplié Alanna Lynch (notre talentueuse MD) de renoncer à ce projet, je trouvais qu’on n’était pas assez « gros » pour s’y attaquer. Et Alanna m’a fait remarquer que c’était un peu un combat à la David contre Goliath, un peu comme pour Sir Richard quand il avait créé Virgin. Heureusement que je l’ai écoutée. Notre proposition a été validée, et c’est à ce jour un des projets que j’ai préférés.

Je voudrais aussi parler de mon amie Kylie Minogue. C’était mon héroïne quand j’étais enfant, donc quand on a eu l’occasion de collaborer ensemble pour son album et sa tournée, ça a un peu été surréaliste. D’ailleurs, Garance, je crois qu’on était ensemble quand je l’ai rencontrée pour la première fois… Tu te souviens ? Au Spotted Pig, à New York. J’ai énormément de respect pour Kylie… c’est de la magie à l’état pur !

Bref, en tout cas, le truc intéressant, c’est que toutes ces personnalités ont eu des trajectoires qui ne sont pas linéaires.

Elles ont dû se battre et surmonter des obstacles. Elles n’ont pas toujours été du côté des gagnants. Mais leur créativité a fini par l’emporter.

On dirait que beaucoup de choses de ta vie naissent d’une « grande idée »… Tu te souviens de ta première « grande idée » ?
Je devais avoir neuf ou dix ans, j’ai créé une fausse entreprise de déco qui s’appelait “Brass Class Tinned Rabbit”. J’avais écrit un jingle que j’ai chanté devant toute l’école. Tout le monde me prenait pour un dingue. J’ai adoré. Et mon frère m’en parle souvent.

art of life richard christiansen chandelier creative garance dore photo

Parle-nous un peu de ton agence, Chandelier. D’où vient ce nom ?
Pendant des années, on a dit à tout le monde qu’on avait choisi Chandelier (ndlr : « lustre » en anglais) parce que c’est constitué d’une infinité de lumières vives, toutes reliées à une idée centrale. On était un peu comme un ensemble d’idées lumineuses. Mais c’est faux.

En fait, il y a 12 ans on m’a demandé d’être le DA d’un nouveau magazine de mode du groupe Time Inc. Le service financier ne me faisait pas de cadeau, ils étaient toujours furieux de voir que mes idées coûtaient aussi cher. A un moment, j’avais loué un immense lustre pour un shooting. Et les gens du service Financier, qui en avaient marre de mes dépenses somptuaires ont commencé à m’appeler « the Chandelier guy » (« le mec du Lustre ». C’est devenu une blague dans la boîte. Et quand Time Inc. a renoncé au magazine, j’ai repris l’équipe créative avec moi pour monter une agence. On était tous audacieux, extravagants et fiers de l’être, du coup « Chandelier » nous correspondait bien.

Comment as-tu commencé ? Quel a été ton premier boulot ?
Mon premier petit boulot, c’était plongeur dans un restaurant thaïlandais. J’ai aussi été serveur et barman pendant de longues années.

Mon premier vrai poste, c’était DA du magazine controversé “Colors”, créé par Tibor Kalman et Oliverio Toscani pour Benetton. J’avais une vingtaine d’années, et j’avais envie de m’imprégner de toutes les références artistiques possibles.

Avec Chandelier, notre premier projet était pour Nordstrom, le grand magasin américain. On venait d’ouvrir l’agence et ils voulaient venir voir nos bureaux à NY. Le problème, c’est qu’on n’en avait pas encore, on bossait de chez nous. On a donc loué un espace qu’on a rempli de mobilier chiné aux puces, d’ordinateurs trouvés chez Tek Serve mais aussi et surtout de parfaits inconnus trouvés sur Craigslist. On n’avait pas assez de prises pour les ordinateurs, donc on a mis les écrans face aux murs pour que les clients ne se rendent pas compte que tout était fake ! Mais nos idées se sont avérées être meilleures que celles de grosses agences établies, donc on a eu le budget. Leçon n°1 : les apparences ne sont pas si trompeuses. Leçon n° 2 : bluffez jusqu’à ce que vous réussissiez.

J’ai appris que tu ne licenciais jamais tes employés, que vous deveniez un peu comme une grande famille. Comment réussis-tu à articuler tout ça et pourquoi est-ce que c’est important à tes yeux ?
Mon objectif, c’était de créer une boîte et un lieu physique dans lequel j’aurais envie de venir tous les jours.

Le truc, c’est qu’on est nombreux à passer plus de temps avec nos collègues qu’avec notre famille et nos amis. Donc on a besoin de s’assurer que le « travail » est aussi gratifiant, intéressant et agréable que possible. Donc pour moi, la priorité c’est de trouver des projets qui enthousiasment l’équipe et leur donnent envie de travailler. Ce qui a donné lieu à des réalisations vraiment géniales. J’estime que j’ai une chance inouïe de travailler avec toute mon équipe depuis aussi longtemps.

Concrètement, j’ai déjà dû me séparer de quelques employés, mais je ne l’ai jamais fait de gaieté de cœur.

Comment prends-tu des décisions pour la boîte ? Tu demandes conseil, tu fais confiance à ton instinct ?
En général, je fonctionne à l’instinct.

Mais comme on a beaucoup grossi, je me suis entouré de personnes très douées. Notre PDG, Lauren Prince et notre MD, Alanna Lynch ont des visions très différentes de la mienne, et j’ai de la chance car on se complète.

Tu trouves un équilibre entre une créativité folle et un côté très sérieux… Comment réussit-on à conserver la magie des deux côtés ?
Le secret, c’est de s’entourer de gens qui comprennent la valeur de ces deux principes.

C’est rare de trouver des gens qui sont à la fois hyper créatifs et orientés business.
On a une responsable du design remarquable. Zan Goodman a constitué une équipe incroyable de directeurs artistiques et designers, j’ai énormément de respect pour elle.

C’est une créatrice incroyable, mais elle comprend aussi tout l’aspect business. Il en va de même pour nos équipes créatives et nos chargés de comptes.

La clé du succès c’est aussi la manière dont on approche le travail. J’ai eu une conversation passionnante avec Roman Alonso de Commune, et j’y pense souvent. Il me parlait de la façon dont ils avaient bossé sur le Ace Hotel de Los Angeles. Il a commencé à nous raconter une histoire au sujet de Mary Pickford qui avait vécu une aventure sordide avec l’architecte Rudolph Schindler dans les années 20. Une enfant est née de cette relation passionnelle, Ace, un mélange des meilleures qualités de chacun. Et là, je me suis rendu compte que c’était le pitch pour le design de l’hôtel. Qui s’inspirait d’une histoire fictionnelle autour d’une fille appelée Ace. Quelqu’un d’autre m’aurait peut-être juste dit : « On a créé cet hôtel avec des lits et des tapis…. » Là c’est une façon de mettre de la magie dans tout ce qu’on fait, l’imagination est partout. C’est un outil génial, qu’on soit en train d’imaginer un logo, une pub télé, un hôtel ou un concert.

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Tu as un endroit magnifique dans les Hamptons, conçu comme un endroit de partage entre amis, employés et créatifs dont tu t’entoures. Qu’est-ce qui t’a donné cette idée ?
Beurk, je déteste dire « Les Hamptons ». C’est tellement bourgeois. Cet endroit s’appelle Mermaid Ranch, il est situé dans la ville imaginaire de Mermaid Bay. L’idée de départ, c’est une chanteuse de jazz américaine qui tombe amoureuse d’un artiste italien. Ensemble, ils partent à Mermaid Bay, un lieu isolé de Long Island où ils accueillent leurs amis artistes au bord de l’océan. Ils ont construit et meublé leur petite retraite, et se consacrent à la musique, aux arts, à la culture et à la bonne chère. Aujourd’hui, Mermaid Ranch abrite une collection de design italien et américain qui rend hommage à cette histoire inventée de toutes pièces. Dans la maison, on trouve des créations de Michel Ducaroy, Gio Ponti, Harry Bertoia, Milo Baughman, William Wesley Peters, Paul T. Frankl, John Risley, des tapisseries rares d’Evelyn Ackerman et des sculptures de Paul Kasper. C’est un peu devenu notre camp de base estival. Sous la houlette de Zan Goodman, toute une équipe de designers a décoré l’espace avec des textiles, des tippies… L’endroit est toujours animé, notre équipe l’utilise souvent, on a un projet de résidence d’artiste très solide qui accueille des artistes du monde entier.

Comment considères-tu les changements autour de nous et comment évolues-tu par rapport à ça ? Je pense notamment aux réseaux sociaux qui changent la façon de vivre et de travailler. Comment utilises-tu ces nouveaux outils ?
On est à fond dans le changement. Notre bureau à LA par exemple sera exclusivement consacré à l’innovation numérique et aux réseaux sociaux. C’est une priorité absolue.

Qu’est-ce qui compte le plus pour toi ? La célébrité, l’argent, l’amour, la passion, la gentillesse ou l’authenticité ?
Franchement, en ce moment, ce qui compte pour moi, c’est les choses qui ont un sens.
J’essaie vraiment de donner cette nouvelle impulsion à notre travail. On a une équipe de personnes admirablement créatives, et on cherche à le valoriser et à avoir un autre but que de donner envie aux gens d’acheter quelque chose.

On a envie de s’attaquer à des problèmes importants. C’est un grand changement pour nous, qui a commencé à s’amorcer cette année. On vient de commencer à travailler avec la grande naturaliste Jane Goodall. Et on va bientôt lancer d’autres projets. L’agence est en profonde mutation en ce moment.

En quoi est-ce que tu crois ? La magie, les horoscopes, l’énergie ?
Tout ça, et j’ai un faible pour les bons horoscopes.

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Quelles sont les personnes qui ont un mode de vie qui t’inspire ?
On va commencer à tourner un film avec Roman Coppola, donc je pense à lui. C’est vraiment quelqu’un de très inspirant. Il est très doué, professionnel et très subtil. Il voit le monde de façon magique et gaie. Un peu comme Walt Disney, il a bâti un univers qui a du succès (The Directors Bureau) et lui permet de se faire plaisir créativement parlant.

En plus de ses projets pour le cinéma et la télévision, Roman a aussi une boîte, “Special Projects”, une espèce de pépinière de marques et d’idées. Il suit son imagination, et impulse des projets. Il a aussi une femme et une famille adorables.

J’ai aussi collaboré avec Studio KO, le cabinet d’architectes français. J’ai beaucoup de respect pour Karl et Olivier. Ils ont une approche unique, ils se sont créé un univers qui est très contagieux. Ce sont des gens merveilleusement curieux, j’apprends beaucoup en les regardant vivre et travailler.

Il y a aussi mon ami Fabrice, fondateur de Le Labo. Il a travaillé très dur et bâti un empire, vraiment quelque chose d’énorme. Mais c’est aussi une âme rare et généreuse.

Il est aussi très engagé : il milite pour l’environnement, le bien et la justice. La dernière fois qu’on a déjeuné ensemble, on a envisagé d’acheter une ferme à Ojai, en Californie. J’aime aussi beaucoup sa femme et sa famille. Il a réussi à trouver un très bon équilibre.

Tu es quelqu’un de très sociable. Qu’est-ce qui te donne envie de faire de nouvelles rencontres ?
J’aime, j’adore les gens qui sont très curieux. Les gens qui tiltent, qui ont une passion.
Et surtout, j’adore les gens qui ont le cran, le culot d’impulser des choses.

Je vous donne un exemple : Vous connaissez Los Enamorados à Ibiza ? J’y suis allé il y a quelques semaines pour rencontrer les propriétaires Roze de Witte et Pierre Traversier. Ils se sont recréé une vie là-bas. Ils ont quitté Amsterdam, ouvert un hôtel et un studio de design. C’est un endroit génial. C’est cet esprit, cet entrepreneurship créatif qui m’enthousiasme. C’est exactement le type de gens que j’adore. Des créatifs qui prennent des risques.

Art of Life / Richard Christiansen

En quelques phrases, tu peux nous parler de la personne la plus intéressante que tu aies jamais rencontrée ?
J’ai rencontré le Président Obama plusieurs fois. Il dégage vraiment quelque chose de très droit, déterminé, et un grand calme. C’est aussi le champion du multi-tâches, plus que n’importe qui sur terre. Il rencontre des milliers de personnes en permanence, mais quand on est avec lui, on a toute son attention.

J’ai beaucoup de respect et d’amitié pour Martha Stewart. Elle a vraiment une incroyable curiosité, quelque chose de rare aujourd’hui. Un de nos amis communs dit qu’elle est « hantée par la curiosité », et c’est une excellente description. C’est la reine des idées et de l’action.

Quand tu traverses des difficultés (professionnelles ou personnelles), comment fais-tu pour recharger les batteries ?
Je fais du miel, je suis apiculteur (comme mes parents).

Mon amie et directrice artistique Lena Kuffner m’a tout appris du mobilier et de l’art, ce qui est une escapade bénéfique pour moi. Elle a beaucoup de talent, elle adore exhumer des prouesses du design pour s’amuser. Elle m’emmenait souvent aux puces de Rose Bowl à LA. On passait aussi des heures sur des sites de ventes aux enchères à se renseigner sur des meubles et des designers.

Es-tu adepte d’une thérapie en particulier ? Gourou, psy, rituel ?
Non, mais j’ai un coach sportif, Jonathan Bokelmann d’Equinox, que je vois presque tous les matins. On fait beaucoup de sport et on discute aussi. Son expression préférée : « Ce sont les idées qui régissent le monde. » Il me demande souvent de lui pitcher des idées pendant que je cours ou que je fais de la muscu.

Le truc le plus dingue et aventureux que tu aies fait ? A titre personnel ou professionnel ?
Je pars faire un trek en Antarctique en novembre, pour atteindre une station de recherche scientifique au Pôle sud, l’endroit le plus au sud de la planète. Ce sera sans doute l’une de mes aventures les plus dingues !

Tu as fait l’ascension de l’Everest… d’où t’est venu ce désir ? Qu’est-ce qui a été le plus dur et le plus instructif dans cette expérience ?
Je voulais sortir de ma zone de confort. Ça a été très différent de ce que j’imaginais. Je pensais que ce serait juste très terne, mais pas du tout. Il y a des couleurs exceptionnelles, des sources d’inspiration permanentes dans les villages et sur le visage des Népalais. On a traversé des forêts de rhododendrons, qui étaient en fleurs. Comme si on traversait des parterres de fleurs d’un rose vif qui au fur et à mesure qu’on montait en altitude devenaient de plus en plus blanches.

Le plus difficile, ça a été d’être seul dans ma tête pendant aussi longtemps. La montagne se fiche de savoir qu’on a du succès ou qu’on connaît telle ou telle personne.

C’est l’école de la modestie. On est tous pareils dans cette aventure. Je me suis senti tout petit… On vit sur une immense planète et mes pensées, mes soucis ne constituent qu’un minuscule petit point dessus. C’était incroyable, ça m’a vraiment changé.

La seule chose sur laquelle tu ne transiges pas ?
Je déteste les gens qui mâchent du chewing-gum.

Quelque chose qui t’effraie ?
Les petits avions, c’est à peu près tout.

Art of Life / Richard Christiansen
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art of life richard christiansen chandelier creative garance dore photo

Tu es en train de te frayer un chemin très personnel. Qu’est-ce qui te motive ? As-tu parfois peur de ce que les autres peuvent penser ?
Je me suis affranchi de ça il y a longtemps. Il n’y a rien de tel pour tuer la créativité ou le bonheur que de se préoccuper de ce que les autres pensent.

Et l’amour ? En tant que créatif, ça a sûrement une incidence sur ton travail ? Est-ce que ce sont deux choses bien distinctes ? Je sais que tu emmènes tes chiens au bureau… ;)
Non, je ne cloisonne rien. Je ne crois pas en une vie professionnelle et une vie privée, séparées. Je crois en une seule vie. Je suis toujours très curieux, avide de rencontres, de nouveauté, et ça se voit forcément dans mon travail. Je suis toujours dans le mouvement, je ne tiens pas en place. C’est peut-être pour ça que je suis célibataire.

Mais j’aimerais rencontrer quelqu’un et tomber amoureux.

A bon entendeur !!

Des choses que tu aimerais faire ?
Bosser sur un projet pour Hermès. J’ai toujours eu envie de collaborer avec cette marque. On aimerait aussi travailler sur l’identité d’une compagnie aérienne.

Mon autre obsession, c’est l’environnement. J’ai une idée pour une nouvelle marque qui sera un vrai pied de nez à des entreprises comme Monsanto. J’y ai beaucoup songé dernièrement.

Y a-t-il un secret pour être heureux ?
Eteignez la télé, partez à la découverte du monde.

Ton conseil à quelqu’un qui aurait envie de mener la même vie que toi ?
Ayez les yeux plus gros que le ventre.

Si tout part en fumée, tu as un plan B ?
Quand j’étais petit, je me souviens d’avoir entendu Michael Jackson dire : « Tu ne tomberas pas si tu connais les pas de danse. »

Je continue à les travailler. Je n’ai pas de plan B.

Art of Life / Richard Christiansen

Questions-réponses :

Les trois choses que tu sauverais dans un incendie ?
Mes chiens.

Ta ville préférée :
Tokyo.

Ta saison préférée :
L’été (en Italie).

La meilleure source d’inspiration :
Le monde naturel.

Animal qui te correspond :
J’ai créé un t-shirt qui dit “Kylie Minogue is my spirit Animal”. Ça compte ?

Ta boisson :
Vodka Soda.

Ton dernier repas :
Un steak de chez Petit Trois à Los Angeles

Tes derniers mots :
Merci.

Je n’ai jamais :
Perdu de temps.

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29 comments

Ajouter le votre
  • Quel magnifique parcours, « directeur artistique » LE métier de rêve quoi !
    Et moi aussi ma ville préférée c’est Tokyo :)
    Merci pour cette rencontre très intéressante !

    Des bisous Garance,

    Mido.
    http://www.bowsome.com/

  • What is that red soft sculpture thing in the first photo? Who makes it?

  • one of my favorite interviews ever. seriously!! thanks Richard!

  • Wow quel oxygène ! Quelle intelligence ! Ouvrir grand les portes aux rêves et à l’imagination, y aller, donner du plaisir dans le travail à ses employés, prendre la vie à bras le corps ! Le fait qu’il soit australien compte beaucoup, cette ouverture au monde, son audace, cet homme est un cadeau d’énergie et d’humanité ! Bel exemple de liberté ! Meilleure façon de vivre ! Sa vie est une célébration ! cette série démarre comme une fête ! félicitation

  • Vraiment très intéressante comme interview, merci ! Après avoir découvert que les dauphins semblent bel et bien parler comme les humains, je ne m’attendais pas à faire une autre découverte aussi merveilleuse et surprenante dans la journée :)

  • J’ai adoré lire cette interview! Merci!
    Quel parcours!
    Xxx

    Julie

  • J’ai beaucoup aime cette interview et la phrase : « nothing kills happiness and creativity faster than worrying about what other people think ». Je vais en faire une banderole et l’accrocher quelque part, bien en vue ! :-)))

  • Love his energy and perspective – thank you!

  • I always read the site but seldom comment, but just had to on this… amazing! So inspiring to hear about his experiences and mindset on life… Reading this and In Her Words / Jessi Klein today have made me incredibly inspired to embrace the new and to go after my dreams, and to think big! Thank you for this feature! xx

  • Oh no, I sometimes think that I have waisted so much time in my life! :) I’d better get back on track! :)

    https://sofaundermapletree.wordpress.com

  • Merci pour cette nouvelle série ! C’est génial, un peu comme les interviews carrières, ces gens sont tellement intéressants et inspirants !!

  • I just love how you guys come up with such interesting people whom we might never know about otherwise (they aren’t the same names that pop up everywhere) and then you ALSO do such interesting interviews. Interviewing is truly an art and you do it so well–especially Garance. Bravo.
    And of course bravo to Richard for his diverse and myriad accomplishments!

  • Incredible person: so wise, inclusive, and – without a doubt – inspiring.

  • :)

    « Il est grand temps de rallumer les étoiles. » Apollinaire
    Une étoile… qui ne cesse d’apprendre à danser.

  • Such a great interwiew! Thank you dear :)

  • Alex de Berlin 15 septembre 2016, 4:41 / Répondre

    J’admire tellement ce genre de personnes dont toi aussi Garance !! Quel parcours et quelle enthousiasme. J’aimerais tellement avoir cette capacité créative et sociale … qui me manque ou que je n’ai pas encore découvert en tous cas il n’est jamais trop tard ;-)
    Mais ce n’est pas toujours facile dans le « train-train » quotidien surtout quand on a des enfants qui vont à l’école … c’est un choix de vie aussi!
    En tous cas, je vais essayer de me tenir à ces phrases, c’est un bon leitmotiv : « Pourquoi est-ce que la réalité ne peut pas être aussi belle que nos vacances ? Pourquoi le quotidien doit-il forcément être monotone ?  »
    Merci pour ce bel interview et les photos inspirantes. Hate de lire les autres « art of Life » ! bises
    Alex

  • An superb interview! What a fascinating person! So inspiring! Garance, this article was a joy to read–it reminds us that there are people from as far away as Australia who think outside the box, and want to change the world for the better.
    I really admire the direction your blog is taking! People are looking to learn about other talented people, who have the guts and the courage to do something different, while adding beauty and innovation to the world.
    Not an easy task but always worth doing and trying.

  • mademoiselle mauve 15 septembre 2016, 10:35 / Répondre

    waouh impressionnant le gars. quel parcours ! quelle énergie ! c’est ce qui ressort de cette itv je crois (d’ailleurs les coms rebondissent là-dessus). Je me demande quel âge il a ? c’est important de le signaler aussi, ça situe davantage la personne. en tout cas, bravo à lui ! et je plussoie cette nouvelle rubrique, excellente idée !

  • « Using the words “one of a kind” to describe Richard Christiansen seems like a disservice. Don’t get me wrong, he is very much one of a kind, but he is so much more than that. » This is absolutely hilarious considering he is a twin.

  • Thank you, Garance, thank you Richard. So inspiring for this Aussie ex creative director turned artist. Ken Done is one of my heroes as well and now Richard has been added to the list.

  • Thank you for this fabulous interview. Richard is so inspiring and there is just so much beauty in this piece! The message! The pictures! The writing! This was such a pleasure to read, great work to all.

  • I’m an avid reader but I never comment, this time instead I want to congratulate you for one of the best interviews I’ve read recently and one of the most inspiring ever. I will take Richard’s words to heart and research his work further, I want to apply his ethos to my own work life! Looking forward to the next Art of Life interview! Merci!

  • Great great interview with such a great man. Great job Garance, bit it seems it was not a job, it must be pure joy talking with such a soul. You guys are lucky knowing each other. Thank you so much for sharing it with us. Greetings from Croatia. Silvana

  • A la phrase « … et vous parler de mon amie Kylie Minogue » on raccroche ….

  • I absolutely love this Art of Life idea for a series… and it seems as though you have started strong!
    Can’t wait for the next one!

  • Cassandra Said 17 septembre 2016, 12:02 / Répondre

    Interesting interview. However, L.A. is not the new New York. It is the Los Angeles it has always been and will always be.

  • Super nouvelle rubrique !
    J’adore ces longues interview (comme la rubrique carrière) où on a le temps d’apprendre en profondeur sur ces gens et leur mode de vie. C’est très riche et inspirant !
    Merci et vivement la prochaine !
    : )

  • Dear Richard,
    How no one has replied in reference to « I would love to meet someone and fall in love » is beyond me. Have your people call my people :)

  • great artifice

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