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Studio Visit / Make It Last

3 years ago by

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Erik Melvin

La Scandinavie a quelque chose – que ce soit vrai ou non – qui donne l’impression d’être à l’avant-garde du développement durable. Que ce soit dans la vie en général, la nourriture, la mode… peut-être est-ce lié au design minimaliste. En tout cas, on a eu envie d’en savoir un peu plus à ce sujet, et on a rencontré Lisa et Emma, les fondatrices de Make It Last pendant notre séjour en Suède le mois dernier.

Make It Last, c’est un site qui encourage, plébiscite et soutient la durabilité dans la mode et au-delà, sans pour autant vous demander de renoncer à tout ce que vous avez OU essayer de vous convaincre de devenir quelqu’un de complètement différent. Non, à l’inverse, ces filles savent que rien n’est durable à 100 %, qu’il faut du temps pour y arriver, et que si en plus la démarche peut être inspirante et belle à la fois, pourquoi pas ?

Pour ceux qui ne connaissent pas votre site, comment décririez-vous Make It Last ?
Lisa: Make It Last est une plateforme qui cible une mode et une beauté respectueuses de l’environnement. On l’a lancée il y a deux ans. On a toutes les deux travaillé dans la mode. Emma est styliste et moi, journaliste. On a commencé à discuter de ce qu’on aimerait faire dans la mode, on sentait qu’il fallait qu’on aille vers quelque chose qui ait plus de sens, et on voulait explorer de nouvelles façons de travailler.

Avant qu’on ne lance la marque, Emma a débuté un blog sur lequel elle écrivait des choses à vocation plus globale, elle ne parlait pas de la mode en termes de saison, adoptait une approche plus holistique.

Emma: En gros, je travaillais comme rédactrice mode pour le Elle suédois et j’avais l’impression de me perdre dans la valse des tendances. Je me demandais pourquoi j’avais tellement envie de ces chaussures roses alors que ce n’était pas du tout moi, que je n’allais pas les porter et qu’en Suède, l’été dure à peine un mois. J’ai commencé à m’intéresser à des pièces plus classiques. C’est là qu’on s’est vues avec Lisa, qu’on a commencé à discuter.

Lisa: On a senti qu’il y avait quelque chose à faire dans le domaine de la mode durable. C’est vraiment une question d’innovation. On nous demande souvent s’il y a suffisamment de choses à dire là-dessus, mais ça a été une source d’inspiration inépuisable depuis le premier jour. Make It Last, c’est une plateforme pour tout le monde, pas forcément pour des gens qui ont déjà une approche durable. On voulait être une source d’inspiration pour les gens qui aiment le style. On s’est juste mises à parler de projets, de gens ou de collections qui sont plus durables. En général, on parle de choses qui privilégient une approche durable, parce que les produits durables à 100 %, c’est très rare. On ne peut pas avoir tout bon, mais on veut parler de projets innovants qui abordent la mode, le style et la beauté de manière différente.

Emma: Nous on pense que faire un petit quelque chose, c’est mieux que de ne rien faire, on essaie de montrer à nos lectrices comment aborder leur garde-robe avec une approche plus durable, mais qui reste facile et sympathique.

Etre attentive quand on fait des choix. J’ai commencé à m’intéresser au développement durable quand j’ai eu [ma chienne] Stella. Elle n’arrêtait pas de me lécher les jambes quand je les avais badigeonnées de crème hydratante, et je lui disais : « Arrête, c’est mauvais pour toi ! ». Ça m’a fait prendre conscience qu’il fallait que je fasse attention à ce que je mets sur mon corps. Si même ma chienne qui mange à peu près tout ne peut pas lécher la crème hydratante, alors… ! Ensuite j’ai commencé à réfléchir à ce que je mangeais, et à toute la problématique du changement climatique. Et la mode semblait être la suite logique. Il y a plein de gens qui achètent des vêtements bio pour leurs enfants.

Mais pas pour eux !
Emma: Exact ! Moi, je porte sans arrêt mon bébé dans mes bras, et je me dis que ça ne sert à rien qu’il porte des vêtements bio si c’est pour être « contaminé » par mes fringues à moi, peut être hyper toxiques.

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Lisa: C’est très subjectif, mais on s’intéresse aussi à la façon dont les choses se passent, en général. Prenons par exemple Stella McCartney ou d’autres grandes marques : elles veulent devenir les premiers gros groupes à penser en termes d’environnement, et valoriser cette approche en termes de business. Il ne s’agit pas seulement de sauver la planète, mais de stimuler sa marque.

Il semble qu’en Suède et à Stockholm tout particulièrement, il y ait une recrudescence de marques qui ont la volonté d’être plus durables dans leur approche. Pourquoi la Scandinavie se situe-t-elle à l’avant-garde de ce type d’initiatives ?

Emma: Je crois que tout le monde se rend compte qu’on est arrivés au bout d’un chemin, il ne sert à rien de poursuivre dans la même direction, parce qu’il n’y aura pas d’avenir si on continue à gaspiller les ressources. Pas la peine de monter sa boîte s’il n’y a plus de planète !

Lisa: Je ne suis pas sûre que la Suède soit à l’avant-garde. H&M a encore beaucoup à faire…

Mais j’ai l’impression que beaucoup de petites marques se défendent bien ? Le lifestyle de manière générale…

Emma: Je crois que la prochaine génération de créateurs a une responsabilité en matière de design et de ressources.

Lisa: Je suis d’accord. Pour les startups et les jeunes marques en Suède, l’environnement est un postulat de départ, sinon impossible de développer sa marque. Et c’est un peu la pensée générale à Stockholm. Mais la mode a encore un énorme problème. Tout se fait petit à petit.
Emma: Il y a des marques comme Filippa K. Ils créent des pièces classiques depuis le début. Le développement durable, ce n’est pas uniquement d’utiliser des matériaux durables mais aussi de fabriquer des pièces intemporelles. Quand par exemple on achète une pièce vintage des années 50, c’est de la bonne qualité, on peut encore la porter. La durée de vie est plus importante.

Le développement durable, c’est aussi ça. Créer de pièces de bonne qualité, c’est aussi essentiel. C’est ce qu’on essaie de communiquer sur notre site, à travers différentes alternatives: on peut acheter d’occasion ou emprunter à ses amis, etc.

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Ton conseil à quelqu’un qui cherche à faire ne serait-ce qu’un petit pas vers une démarche plus durable ?
Lisa: Emprunter ou louer des vêtements.

La location de vêtements, je n’en avais jamais entendu vraiment parler avant de découvrir le programme de location de vêtements de Filippa K. Aux Etats-Unis, il y a un truc qui s’appelle Rent the Runway, mais c’est plus orienté robes de créateurs.
Lisa: Ce type d’initiative n’en est qu’à ses balbutiements, mais on trouve de plus en plus de locations ou une espèce de « garantie » pour les vêtements. La marque Patagonia propose par exemple de repriser votre veste et si c’est impossible, vous en recevez une autre et votre ancienne veste est recyclée.

Je crois que la plupart des marques – beaucoup de marques scandinaves – dont Filippa K, réfléchissent au type de services qu’elles peuvent offrir à leurs clients. C’est une approche sur le long terme, holistique, qui permet de partager quelque chose avec une marque plutôt que de consommer et de jeter. Le meilleur conseil, c’est vraiment d’emprunter et d’acheter d’occasion. Le marché de l’occasion est en pleine croissance. Bien sûr, il y a les poids lourds comme E-Bay qui existent depuis super longtemps et sont d’ailleurs sans doute les meilleurs sites. Il y a aussi Vestiaire Collective, un site français qui se développe à l’international. Ça marche super bien, ce qui veut dire qu’on ne considère plus les articles d’occasion avec dégoût. Pour moi, l’important, c’est d’acheter moins de choses neuves.

D’ailleurs, puisqu’on en parle, vous avez toutes les deux travaillé dans la mode pendant assez longtemps. Dans un monde où il y a autant de grandes chaînes que de créateurs, ne vaut-il pas mieux acheter des pièces de créateurs dont on peut penser qu’elles dureront plus longtemps parce qu’elles sont de meilleure qualité ?
Emma: C’est une autre façon d’envisager le développement durable. Il faut essayer d’acheter des choses qui ne vous plairont pas seulement sur le moment. Quand vous voyez une pièce, essayez de l’imaginer avec cinq autres éléments de votre garde-robe.

Est-ce que c’est quelque chose que je pourrai porter avec une pièce que j’ai déjà ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui va demander un nouveau pantalon ? En gros, il faut éviter les achats en cascade. Il faut aussi se demander : est-ce que je porterai ça dans dix ans ?

Lisa: Je ne crois pas que la distinction se fasse sur l’aspect créateur/grande distribution. Ce n’est pas parce que c’est plus cher/ une pièce de créateur que c’est plus durable. Il faut analyser la composition : plus c’est transparent, mieux c’est. Si on peut tracer le pays de fabrication, les conditions dans lesquelles ça a été fait, c’est mieux. Il faut s’interroger, ne pas forcément se précipiter pour s’acheter un petit haut le vendredi, pour la soirée du jour-même, mais essayer d’investir dans des pièces dont on ne se lassera pas.

Emma: J’aime beaucoup les créatrices qui comme Stella McCartney mettent un point d’honneur à ne pas utiliser de cuir. Et je me dis que quand on achète un pull Stella McCartney, ce doit être une pièce qu’on a envie de garder pour toujours.

Lisa: La durabilité pour nous s’apparente au luxe. C’est quelque chose dont il faut être fier. Cela fait partie intégrante de ce qui est luxueux. Si c’est durable, ça vaut la peine, on pourra le porter pour toujours. Je dirais que le nouveau luxe, c’est vraiment la mode durable.

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Lisa: cardigan beige , Stella McCartney ; Slip dress, JPO / Emma: Top blanc, Vintage ; Jeans, Levi’s ; Sneakers, Filippa K /Chemise verte, Acne ; Salopette, AG ; Sandales à talon marron, Gianvito Rossi

22 comments

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  • Bravo! Thank you for featuring Emma and Lisa. Their way of thinking about fashion is so refreshing and modern.

  • Love this interview!

    Love,
    http://www.thestyleventure.com

  • i am so happy to hear people suggesting used / vintage clothing! it already exists. so the footprint is zero!

  • Love their ethos! Thanks for sharing x

  • Love this interview!! I completely agree with the idea of sustainable fashion as the new luxury fashion :)

  • I think this conversation is so important and lately more and more I’ve seen that different platforms, documentaries and voices are talking about this. I like also what Lisa said about being imposible to have a product 100% sustainable, I feel sometimes suspicious of lots of brands bragging about being sustainable, they make me feel that they use the concept as a way of marketing instead of using that as a real practice. I was thinking a lot lately about this « slow fashion » movement and I think it is time to stop looking away from it. I really want to be educated on this so I can make wiser decisions. But where to start? How can I trace down the making? How can I know if the brand/maker is paying fair wages? or the fiber/dye/prints they use are not toxic? I feel really lost in that big picture. Is any industry research to look at?
    Kisses
    M

  • Great interview! I would love to see more articles about sustainable fashion / beauty products etc on your blog.

  • This article is timely and amazing! tapered magazine is another online resource for sustainable fashion based in the U.S.

  • Thank you so much for this post!

    I’ve been reading the blog for years and years but I have to be completely honest, from someone who works with refugees sometimes I’m like « wow » the fashion world is even more caught up with itself than I thought. I know that it’s so easy to get caught up in the world and seasonal trends and not realize the horrible impact of our consumption and materialism, but so much of the « green » products are still products, they’re still contributing to this cycle and not actually sustainable.

    I think it’s great that mindfulness, healthy eating and « green » products are trendy but so much of this trend is all about the self and not what you’re doing to the world. I would love to see Garance feature more content about transparency and working conditions behind the clothes as well as ultimately shifting away from the seasonal trends (or at least featuring more people who do)!

  • I love the shift the fashion world is making towards sustainable and ethical fashion and lifestyle products – it is so important and is the future of the fashion industry. Great interview! X

  • Nice article! Mercedes, I dont know the situation in US but in Europe there are different intiatives looking into the supply chains of the garment industry, workers’ rights or environment. There’s Clean Clothes Campaign, an activist organisation regularly publishing reports, and Rank a Brand who ranks brands’ sustainability based on what they publish on their website. Filippa K is one of the membercompanies of Fair Wear Foundation. All members of this organisation commit themselves to make progress on labour rights in their garment suppliers. They have a website that lists their member brands and even how they perform in adapting their own purchasing practices and prevenring and solving problems. Basically I think that you can look at if brands are members of a credible initative, most large companies cannnot solve the sustainability issues on its own.

  • Mercedes 20 octobre 2016, 2:44

    Thank you!

  • Hi,
    I think that it is such a good idea to finally talk about sustainability in the fashion industry.
    Plan C and Flanders Fashion Institute (Belgium) have developed an online tool summarizing the sustainable approaches that you can take at every step of a garment lifecycle, from the design phase to the use and disposal phase. Case studies about sustainable companies are also available.

    http://www.close-the-loop.be

    Make sure to check it out, it is very interesting!
    Adèle

  • Mercedes 20 octobre 2016, 3:05

    super interesting, thank you!!

  • Nice to read this here, brilliant change of direction in general, thank you.

  • I think that renting can be a great idea.
    For example my friend started a clothes rental for pregnant women Bella Gravida (it’s in the U.S.) http://www.bellagravida.com

    You’re pregnant for only a certain amount of time and it makes sense to rent clothes to be able to wear different stuff!

    https://sofaundermapletree.wordpress.com

  • I think one of the first things we should look at is the amount we buy, how much stuff do we actually need. I am currently having a clear-out of my house starting with my clothes. So far I have done one room admittedly I am clearing many years of buying clothes but I am astounded at the amount of clothes I have bought on a whim and have only worn once or twice. It has actually made me think about any new purchases. Yes there will always be the item that catch my eye and I will want but my reasoning is if I buy less I can afford to buy clothes from companies that give a fair deal to the people making the clothes.

  • Intéressant, et comme dit Lisa, le fait d’acheter plus cher ne rend pas le vêtement plus durable… Quant à acheter de l’occasion, si c’est pour acheter du récent qui pousse à la consommation de neuf (puisque cela se revendra facilement)…
    Malheureusement, je pense vraiment qu’on en est arrivé à un stade où on n’y connaît plus rien en matière et on nous fait prendre des vessies pour des lanternes.

  • Article très intéressant qui fait prendre conscience de certaines choses..

  • the last photograph–of the hand-stitched white shirt–there is no credit. Who created this beauty? Thanks for the thoughtful story.

  • « Je dirais que le nouveau luxe, c’est vraiment la mode durable. » tout est dit ! merci <3

  • VERY happy to see these women promote reuse and sharing with friends! Because truly, any business that is predicated on encouraging people to buy products they don’t need is not inherently sustainable. Yes, I get that there are « wants » that many of us feel we need, but seriously people. In the same way that grass-fed beef is not even REMOTELY sustainable (because there is not enough land on the planet to meet the dietary needs of the global population with animal products, even if they are grass-fed), any « luxury » product claiming to be sustainable is highly suspect. We must call it what it is: an epidemic of hoarding and entitled behavior that lays claim to far more than our share of the earth’s natural resources.

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