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Talking Film with Director Jerusha West

8 months ago by

Talking Film with Director Jerusha West

Nous venons de lancer le mois de la créativité à l’Atelier, et personnellement, je suis toujours du genre à être plus intéressée par le processus de production de film que par le film lui-même. J’ai toujours envie de poser des millions de questions sur les sources d’inspiration, les raisons qui ont poussé à choisir un médium plutôt qu’un autre, comment faire pour rester organisé, etc.

Le produit fini ressemble à une récompense, le reflet du travail acharné de quelqu’un et de toutes les décisions qui y ont conduit. Donc, quand j’ai eu la chance de rencontrer la réalisatrice Jerusha West pour parler de son travail, j’ai sauté sur l’occasion.

Je connais Jerusha depuis plusieurs années. Artiste née à Londres, avec son accent britannique et ses robes féminines en soie, elle ressemble à l’image de la personne que je voudrais être si je vivais à Londres (un de mes rêves d’enfant, merci Sir Arthur Conan Doyle).

Elle est actuellement en train de travailler sur son nouveau projet, un court-métrage intitulé “Solidago”. Je n’ai donc bien sûr pas pu résister à un interrogatoire amical sur la créativité.

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Décris-toi (d’où tu viens, où tu vis, ce que tu fais).

Je suis née dans le Sud-Est de Londres et j’y ai grandi. Je suis allée à la Thomas Tallis School à Kidbrooke, avant d’étudier l’art à Central St Martins. J’ai ensuite étudié la peinture à la Slade School of Fine Art, où j’ai eu mon diplôme en 2017. Je vis toujours à Londres où je suis artiste et réalisatrice. Je travaille actuellement sur un court-métrage intitulé Solidago.

Tu viens d’une famille incroyablement créative, étroitement liée au monde du théâtre à Londres. Que t’ont-ils appris ?
J’ai une grande famille, qui comprend des acteurs ainsi que des gens de professions très différentes. J’ai passé du temps dans les théâtres quand j’étais plus jeune. Il y a une part de théâtre dans mon travail. Par exemple, dans Solidago, il y aura des sets en bois et le film comprend même une scène de théâtre… même si, honnêtement, je vais très rarement au théâtre !

Qu’est-ce qui t’a poussée à choisir une autre voie créative et à te tourner vers l’art/les films ?

A 4 ans, je voulais être sage-femme et peu après, j’ai décidé de devenir artiste ! Je dessinais et je peignais avec acharnement. En vieillissant, je me suis passionnée pour la photographie mais j’ai eu l’impression que l’arrivée des smartphones avait un peu ruiné ce médium. J’ai commencé à écrire et à esquisser des idées de film vers 15 ans mais à l’époque, je ne savais absolument pas comment les transformer en vrais films.

J’ai appris énormément de choses dans le département de peinture à Slade. Mes premières années là-bas, j’ai pratiqué la peinture figurative mais cela m’a toujours semblé un peu limité. Mes tuteurs m’ont beaucoup encouragée à accepter le fait que j’avais une pratique multidisciplinaire.

Je me suis vite rendu compte que les films étaient ce que je préférais – une pratique si large et flexible. Je trouve la relation entre les films et la peinture très intéressante, il y a beaucoup de liens entre les deux médiums. Je trouve aussi l’aspect collaboratif des films enthousiasmant – on peut créer des choses magnifiques quand il y a des musiciens, des chorégraphes, des acteurs, etc. qui travaillent ensemble.

Quand as-tu ressenti pour la première fois le besoin de créer ? Qu’as-tu ressenti ?

J’ai toujours créé des choses, je crois que c’est un sentiment très satisfaisant de finir quelque chose quand on est enfant et d’être félicité pour ça. Quand j’étais à l’école, ça me semblait très clair qu’il fallait que je le fasse. Je crois qu’un diplôme de beaux-arts peut ruiner ce sentiment de magie qui existe quand on manque de conscience critique. J’ai passé 4 bonnes années à la Slade à assister à la dissection, à la destruction de tout – on développe une relation plus forte, plus complexe et turbulente avec son travail. C’est parfois difficile mais pour finir, cela rend meilleur dans son travail.

Tu as déjà dirigé quelques courts-métrages. Est-ce qu’il y a des thèmes spécifiques que tu aimes montrer ? Pourquoi ?
Produire quelque chose qui explore le folklore, le ritualisme et l’occultisme m’intéresse beaucoup. Notre relation avec les paysages et la nature, tout particulièrement les femmes dans les paysages, m’intéresse aussi. Solidago est né d’une enquête en cours sur ces sujets, et aussi d’un intérêt sur les communautés après 1900, la mémoire, le traumatisme et l’interaction humaine. Mes recherches évoluent et changent, et j’ai aussi plein d’autres idées pour de futurs films qui pourraient finir par être très différents de ce projet, même si on dirait que certains thèmes et motifs se répètent et réapparaissent.

Comment est née ton envie de travailler sur ces thèmes ?

J’ai mené beaucoup de recherches sur les troubles culturels et sociaux. J’ai écrit mon mémoire sur la révolution industrielle et son influence sur le genre de la peinture féerique, en le comparant à la révolution digitale. J’ai l’impression qu’on assiste aujourd’hui à une évolution similaire avec un élan dans l’art et les films vers quelque chose de surnaturel, qui possède un certain mysticisme, quelque chose “d’autre”. Cet intérêt vient en partie d’une envie d’échapper à un monde chaotique et déroutant, plein d’instabilité politique et environnementale, et de la rapidité folle avec laquelle les technologies ont changé. Je pense que la révolution digitale a apporté des avantages mais elle affecte gravement le cerveau, particulièrement chez les jeunes. J’espère qu’en tant que société, nous apprendrons bientôt à la contrôler.

Dans ton dernier film, Solidago, qui est en pré-production, j’ai observé beaucoup de solitude et de mélancolie dans le script et dans tes notes. C’est souvent comme ça que je ressens la féminité. Est-ce délibéré ?

La vie peut être incroyablement triste et solitaire, peu importe le genre. Solidago se concentre sur l’expérience perturbante d’une jeune femme dans les années 1960 et donc, naturellement, il y aura beaucoup de tristesse et je suis heureuse qu’on le ressente à la lecture du script. Le film insistera sur le misérable corps féminin, et les traumatismes et la vulnérabilité qui accompagnent inévitablement le fait d’être femme.

Quel rôle joue pour toi l’inspiration, et à quel point t’appuies-tu dessus dans ton travail ?

Je crois que l’inspiration peut naître de partout. Je crois que c’est important de voir autant d’art et de films que possible. Je passe beaucoup de temps au Barbican et dans les cinémas BFI. Je vois beaucoup de spectacles et d’expositions dans les musées – une source constante d’inspiration. Je me retrouve à retourner en permanence dans les salles Turner et William Blake à la Tate Britain, et vers la collection de pierres du Natural History Museum. En plus de mon travail sur des films, je continue ma pratique en studio où je travaille avec une variété de médiums (dessins, peinture, sculpture). Les relations et les interactions humaines m’intéressent vraiment. Je garde souvent des notes sur les interactions que j’ai avec les gens, des écrits que j’ai vus, des choses que j’ai entendues.

Le film est un médium tellement manipulateur, et il peut être tellement touchant en dévoilant un sous-texte, avec toutes les communications significatives et subtiles, toutes les tensions qui existent entre nous.

Quels sont les artistes et les réalisateurs qui t’inspirent le plus ?

Il y en a beaucoup, mais entre autres :
Réalisateurs : Tarkovsky, Deniz Gamze Ergüven, Paul Wright, Lynne Ramsay, Sergei Parajanov.
Artistes : Louise Bourgeois, Kai Althoff, Carol Rama, Franz West, Carolee Schneemann, Jonathan Meese, Valerie Kong.
Et je regarde en boucle les TateShots de Maurice Sendak sur YouTube, tellement bien !

Est-ce que l’endroit où tu vis influence ton processus créatif ? Y a-t-il des endroits en particulier qui t’inspirent davantage ?

J’ai la chance de vivre à Londres, où je suis exposée à beaucoup d’art et de films intéressants. J’ai aussi tendance à y devenir claustrophobe et j’adore voyager et être à la campagne. J’aime passer du temps dans le Suffolk et le Dorset – c’est tellement libérateur, ça me remet les idées en place. Le fait de grandir en ville m’a un peu donné une image romantique de la campagne ! Le Louisiana Museum, juste à côté de Copenhague, fait partie des lieux les plus inspirants où je suis jamais allée ! La manière dont l’architecture, le paysage et l’art se fondent les uns dans les autres est tellement utopique.

D’où vient ton sens de la mode et du style, et est-ce que ton travail l’influence parfois ?

La plupart de mes vêtements sont d’occasion et viennent de magasins vintage et de charité. Je suis passée par une phase où j’ai collectionné beaucoup de robes à fines bretelles des années 1920 et j’adore trouver des vêtements vintage beaux et élégants, pour moi ou pour avoir des costumes à utiliser dans mon travail. J’aime aussi m’habiller parfois de manière plus décontractée. J’ai une énorme collection de pulls en cachemire, ils vont avec tout et ils sont très confortables et chauds ! Les soirées sont géniales, parce que bien s’habiller dans des robes bien taillées et faire des expériences maquillage peut être très drôle.

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