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My Life in Sourdough

1 year ago by

My Life in Sourdough

Nous avons découvert Marie C. et son amour du pain au levain lorsqu’elle nous a envoyé un courrier de fan du site ! Après avoir fait quelques recherches sur elle et regardé le premier épisode de sa websérie, My Life in Sourdough, j’étais conquise. Et j’ai évidemment binge-watché les trois saisons. Sans même avoir l’impression de faire du binge-watching – c’est comme si je mangeais une tranche de pain chaud tartinée de ricotta fouettée, le parfait snack que vous vouliez sans le savoir. Une autre chose que j’adore chez Marie et dans sa série, c’est à quel point sa vision est parfaitement alignée avec la nôtre à l’Atelier. La série couvre à la fois New York et Paris (géographiquement, linguistiquement et dans ses récits) et mélange comédie romantique et recettes. Et puis l’esthétique est magnifique. Au fur et à mesure que je la regardais, je me suis sentie de plus en plus inspirée pour tester le style élégant des femmes françaises (ce qui n’a jamais été mon style) et pour prendre la pâtisserie plus au sérieux (alors que je n’avais jamais rien fait d’autre que mettre au four la pâte à cookies déjà prête). Préparez-vous – je vous promets que vous aurez la même impression ! Ci-dessous Marie nous en dit plus sur sa série, ses meilleurs souvenirs de pâtissière, son amour pour Nora Ephron et les différences entre les cultures new-yorkaise et parisienne.

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Le mélange entre le romantisme et la cuisine/pâtisserie semble très naturel. Pourquoi, d’après toi ?
L’association du romantisme avec la cuisine me semble très naturel. Je crois que la nourriture commence avec l’amour – et que l’amour commence avec la nourriture. Il y a une idée d’intimité dans l’amour comme dans la cuisine. Quand on cuisine avec amour, la nourriture est meilleure. Et quand on cuisine pour quelqu’un, l’amour joue inévitablement un rôle. Je conçois la cuisine comme le coeur de la maison, cet endroit intime où bat le rythme, le lieu où tout est possible.

Regarder ta série m’a fait penser à Nora Ephron (une de nos autrices préférées à l’Atelier !). C’est aussi une femme qui se concentre dans sa carrière créative sur l’exploration de l’amour/ des relations et de la cuisine. La juxtaposition entre les stéréotypes sur les femmes et la domesticité et la vie intellectuelle/citadine se retrouvent dans vos travaux à toutes les deux. Est-ce important, dans ta vie et dans ton travail, d’explorer cette dualité ? En quoi est-ce que “My Life in Sourdough” est une comédie romantique de 2018 ?
J’adore Nora Ephron – le ton et l’humour de La Brûlure sont brillants (et Quand Harry rencontre Sally est une des plus grandes comédies romantiques de tous les temps) ! Il est évident que le fait d’être une femme et d’aimer être dans la cuisine peut sembler un stéréotype. Je trouve personnellement que cuisiner ou faire de la pâtisserie sont des activités très relaxantes, je ne les vois pas comme une corvée. C’est quelque chose que je fais même après avoir passé une longue journée sur un plateau. Je laisse mon esprit divaguer, je prends des photos, j’écoute la radio. J’adore créer quelque chose et voir un résultat assez rapidement – par rapport au fastidieux processus d’editing de film.

La cuisine a toujours joué un grand rôle dans ma vie, et maintenant aussi dans mon travail. Pour moi, le fait de brouiller les limites entre la vie privée et le travail, la réalité et la fiction, rend un film authentique et permet de toucher plus de gens.

J’adore jouer avec les stéréotypes : My Life in Sourdough mêle pâtisserie et féminisme donc je pense vraiment que c’est une comédie romantique façon 2018. Le personnage principal, Jeanne, passe la plupart de son temps dans la cuisine : les vrais hommes l’ont tellement déçue qu’elle trouve plus tentant de se tourner vers un bocal de levure. A ce stade, Jeanne crée ses propres règles et décide de sortir avec sa levure – ce qu’on peut tout à fait voir comme un geste féministe.

Quand as-tu commencé la pâtisserie ? As-tu des souvenirs d’expériences particulièrement émouvantes pendant ton enfance ou ton adolescence (ou même dans ta vie amoureuse) dans la cuisine ?
J’ai grandi dans une famille où mes deux parents cuisinaient. Ma mère ne se sent jamais intimidée par une recette et peut se lancer dans la préparation d’une confiture de groseilles pendant des jours. Mon père m’a appris l’art de l’improvisation, pour transformer un demi-poivron rouge et un oignon qui traînaient dans le frigo en quelque chose de délicieux. Même quand je ne savais pas cuisiner, je “préparais” des plateaux de fromage en plantant des tiges de persil dans le brie ou dans le comté.

Quand j’ai commencé à cuisiner toute seule, à environ 8 ans, mes parents se contentaient de venir dans la cuisine pour allumer le four avant de me laisser seule. La cuisine est rapidement devenue l’endroit où je pouvais me détendre, faire des expérimentations, et laisser des piles de vaisselle dans l’évier ! Ma grand-mère roumaine était aussi une grande source d’inspiration. En tant que réfugiée politique, elle avait appris des recettes dans tous les pays européens où elle avait vécu : Roumanie, Hongrie, Espagne, Portugal, Allemagne, France. J’adore l’idée que la cuisine rassemble les gens, pas seulement à table, mais aussi parce que chaque plat a une histoire. Quand je voyage dans un nouvel endroit, je commence toujours par aller dans un marché en extérieur pour goûter de nouvelles choses et découvrir l’ambiance.

Et en ce qui concerne les souvenirs dans une cuisine : il y a longtemps, j’ai vécu à LA pendant un an et le pain me manquait tellement que j’ai décidé de travailler dans une boulangerie à Paris l’été où je suis rentrée. J’avais cette idée très romantique de discuter de pain et de tester des nouvelles recettes avec le boulanger. Je me suis retrouvée au comptoir à gérer des clients parisiens malpolis qui demandaient en permanence du pain pas cuit, et à me couper les doigts sur des baguettes. Ce qui aurait pu être une expérience romantique a été un brutal rappel à la réalité. Et puis mon amie Clotilde (du blog Chocolate & zucchini) m’a donné un peu de sa levure. Et ça a été le début d’une grande histoire d’amour.

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Ton site et les derniers épisodes de ta série ont vraiment une esthétique et un style unique. C’est magnifique ! Quelles étaient tes inspirations pour le langage visuel du projet ? De qui ou de quoi t’es-tu inspirée ?
Merci beaucoup d’avoir remarqué ! Je voulais vraiment que le site soit cohérent par rapport au style / à la gamme de couleurs que j’avais fixés. Les directeurs de la photographie avec qui j’ai commencé ce projet ont vraiment laissé leur marque sur l’esthétique de la série et m’ont incitée à développer un style visuel distinct qui a évolué et s’est affiné avec le temps (ce qu’on remarque si on regarde les trois saisons d’affilée). Jouer avec les couleurs, découper les plats pour qu’ils apparaissent décentrés, jouer avec une profondeur de champ très faible font partie des techniques utilisées pour créer ce style.

Et puis, comme c’est souvent le cas, l’esthétique de My Life in Sourdough s’est aussi développée à partir de ses limites. Comme j’avais des ressources très limitées, la lumière naturelle est devenue ma meilleure amie et ma principale source d’éclairage – tous les épisodes et toutes les vidéos de cuisine sont tournées en plein jour (ou avec la lumière disponible). Mes appartements sont devenus les lieux de tournage et la série s’appuie aussi beaucoup sur ceux de mes amis qui ont eu la générosité de me laisser tourner dans leur cuisine / jardin / lit !

L’inspiration pour ce projet vient de plusieurs endroits. Cela commence souvent en achetant des produits au marché et en cuisinant. Que ce soit une grenade, des pois, du chou romanesco ou même un radis, je suis toujours béate d’admiration devant les détails et les couleurs de la nature. Je suis aussi inspirée quand je m’introduis dans un “pamplemousse” du pâtissier Cédric Grolet, quand je plonge dans un clafoutis à l’abricot et au chocolat au lait de Christophe Felder, ou quand j’observe des murs peints du bleu du ciel en Italie. Et j’adore le travail de photographes comme Irving Penn, Gentl & Hyers, de chefs comme Taku Sekine (Dersou) et Rachel Khoo (the little Swedish kitchen), et de réalisateurs comme Eric Rohmer (Le Rayon vert) et Céline Sciamma (Tomboy).

A part le pain au levain, quel est le plat que tu préfères faire ?
J’adore faire des pâtes à partir de rien – ou non ! Mes plus récentes aventures avec les pâtes – cela résume mon idée du plat réconfortant pour l’hiver : faire mijoter des haricots Borlotti (frais si vous en trouvez) dans un bouillon de poulet ou de légumes avec de la vieille croûte de parmesan (je garde toujours la mienne au congélateur pour parfumer les soupes et les ragoûts), du romarin, un oignon, un peu d’ail, ajouter des spaghettis au dernier moment pour qu’ils cuisent dans l’eau des haricots, et servir avec plein de parmesan râpé.

Géographiquement et culturellement, la série évolue entre New York et Paris (comme l’identité de ton site !). Quelles différences entre les deux cultures as-tu pu voir en ce qui concerne 1/ ton expérience de femme célibataire à la recherche de l’amour et 2/ la culture qui entoure la cuisine/la pâtisserie ?
Si vous trouvez que la drague à New York est rude : je suis d’accord ! Faites du pain et tout ira bien. Ou bien envolez-vous à Paris pour manger des croissants – mais certains vous jugeront peut-être parce que vous n’êtes pas mariée avec 3 enfants. Les applis de drague ont rendu la drague dans les deux villes plus similaires mais, d’après mon expérience, j’ai quand même l’impression que tomber amoureux n’est la priorité de personne à New York. Les gens sont là pour réussir, pas pour trouver l’amour. Il y a trop de plats à goûter et trop de filles (ou de garçons) à rester. Et il y a des chances que quelqu’un de plus beau, plus mince et plus riche soit juste au coin de la rue donc mieux vaut rester disponible. Donc où est l’amour à NY ? Dans les coins et les recoins d’un coup d’un soir, dans les aventures sans lendemain et dans les territoires inexplorés de ce qu’on appelle les “relations non exclusives”.

A Paris, les gens ne “datent” pas : ils tombent amoureux, pour un weekend ou pour trois ans. Même les hommes qui trompent leurs femmes sont amoureux. Tout paraît plus beau.

En matière de nourriture, les Parisiens sont obsédés par trois choses : le pain, le yaourt et le fromage. Alors que les New-Yorkais sont fans de pizzas, de jus vert et de glace. Les Parisiens parlent tout le temps de nourriture, même quand ils ne sont pas ce qu’on appelle des “foodies”. Une autre différence frappante, les dîners à la maison. A Paris, même si les petits appartements sont aussi la norme, les Parisiens s’invitent mutuellement à dîner, même s’il faut dîner sur ses genoux. C’est assez rare à NY : j’ai accueilli d’innombrables dîners sur la table de ma cuisine mais j’ai rarement été invitée pour des dîners fait maison. Cette ville est encore le temple des plats à emporter et des sorties, même si je crois que la culture évolue lentement.

J’adore l’idée d’être un pont entre les deux cultures, à faire des cheesecakes à Paris et du pain au levain à New York. Pour moi, New York est la ville où tout est possible, où les gens vous encouragent spontanément à poursuivre vos rêves et à concrétiser vos idées. Personne ne prononce le mot “impossible” à New York. Paris a traversé une sorte de renaissance en ce qui concerne la nourriture. Les pâtisseries et les boulangeries repoussent les limites et révolutionnent l’art de la pâtisserie. Mais au fond, la ville reste encore assez classique et un peu conservatrice. Ce n’est pas rare d’entendre “ce n’est pas possible” ou “nous n’avons jamais fait comme ça” quand on pitche une idée, il faut vraiment faire des efforts pour y arriver.

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