On Judaism and Community…

3 years ago by

On Judaism and Community…

Mardi soir, mon ami et moi avons pris la voiture pour aller dans un immeuble de South Norwalk, dans le Connecticut. C’était la maison d’un membre de la famille éloignée de mon ami, qui ne l’avait rencontré qu’une fois. Aucun de nous deux n’était allé là-bas avant et nous ne savions pas à quoi nous attendre. En sortant de l’ascenseur, nous avons tout de suite identifié la bonne porte grâce à l’odeur familière de la cuisine juive qui embaumait le couloir. De la patate douce, du pain de viande, des carottes cuites, etc.

On nous a accueillis par la question “ des boulettes de matzo?”. Et nous avons répondu immédiatement et en chœur “avec plaisir, merci”. Pendant les 30 minutes qui ont suivi, j’ai mangé en écoutant Marty et le membre de sa famille éloignée refaire la généalogie de leur relation en évoquant une histoire ancestrale commune. Le modèle même de la géographie juive.

Après notre dîner, nous étions invités à l’office du soir de Yom Kippour à la synagogue voisine. Marty et moi nous tenions côte à côte, comme nous le faisons depuis quelques années. Le décor était intégralement neuf et en même temps, extraordinairement familier. Les beaux vitraux, le livre de prières juif, la météo de transition me permettant de porter à la fois une robe et des bottes, son Talit (le châle de prière porté à la synagogue), les mélodies que j’avais apprises, le sermon avisé. Nous n’étions jamais venus là avant mais nous avions l’impression d’avoir toujours été là.

Sur la route du retour de la synagogue, je me suis blottie sur le siège passager, indifférente au fait que nous allions jeûner pendant les 24 heures suivantes. Une route sombre de banlieue, pieds nus et du blues à la radio. Confortable, rassurant et chaleureux.

Je ne me suis jamais identifiée à la foi juive dans mon enfance. Bien sûr, j’adorais les brunchs du week-end avec mes grands-parents au deli juif, je me reconnaissais dans les blagues de Jerry Seinfeld et je célébrais les fêtes. Mais pour le reste, je me contentais de suivre, principalement pour faire comme mes parents, faire ce qui était attendu de moi.

Ne vous méprenez pas, je n’ai jamais rejeté le judaïsme, je ne le comprenais juste pas. Je trouvais que les cours de judaïsme étaient une douloureuse perte de temps et les offices des yamim noraïm n’étaient qu’une chose à endurer pour avoir la soupe de boulettes de matzo. J’ai scrupuleusement appris ma portion de la Torah pour ma Bat Mitzvah mais je ne pense pas avoir vraiment saisi la signification de cette journée.

Ce n’est qu’en partant de chez moi pour aller à l’université que j’ai pris conscience de l’importance qu’avait pour moi mon judaïsme. J’étais une étudiante de première année isolée et nostalgique de chez moi et j’ai atterri aux offices de Shabbat lors de mon premier vendredi soir sur le campus, principalement parce que je n’avais pas d’amis et rien de mieux à faire. Au milieu de la semaine la plus écrasante de ma jeune vie, j’ai trouvé une place dans le cercle et j’ai écouté le rabbin nous encourager à prendre un moment pour respirer, pour réfléchir à l’immense changement que nous avions éprouvé depuis le dernier Shabbat, à honorer ce changement, à l’embrasser. Pour la première fois de ma nouvelle vie à l’université et pour la première fois dans un contexte religieux, je me suis sentie vraiment vue, en profondeur. Quelque chose a changé en moi cette nuit-là. L’interprétation physique du Shabbat, la pratique juive de prendre le temps de se reposer, de créer l’espace nécessaire à la réflexion m’a semblé radicale et apaisante.

Il y a une prière juive appelée la bénédiction de Shehecheyanu. Elle est faite pour être récitée à l’occasion de nouvelles expériences, pour marquer les moments de changement et de transition. Elle se traduit littéralement par un remerciement pour “nous avoir permis d’atteindre cette saison…”. Que c’est beau.

Pendant ma dernière année à l’université, je vivais dans une maison avec trois de mes meilleurs amis. C’était une vraie maison avec une porte d’entrée, des jardinières, un porche à l’arrière et beaucoup d’amour. J’étais heureuse. Et j’ai voulu honorer ça en organisant un dîner de Shabbat à la maison le premier vendredi de ma dernière année. C’était un moment crucial pour moi, lorsque j’ai rassemblé tous mes amis dans mon salon et que j’ai raconté l’histoire de mon premier Shabbat à Wesleyan, quand j’étais seule et inquiète. Mais désormais, je guidais la bénédiction de Shehecheyanu tout en servant du vin et de la nourriture, et en regardant tous ces gens que je rassemblais, cette vie que je m’étais créée.

J’ai pris conscience que mon judaïsme n’avait pas forcément besoin de ressembler à celui de mes parents. Ou à celui de mes grands-parents. Depuis tant d’années, mon idée de la religion, et par conséquent du judaïsme, manquait d’un sens de l’individu. Mais maintenant je vois ça un peu comme une sorte de chose à construire soi-même. Vous pouvez en faire ce que vous voulez. Et dans mon processus pour devenir une femme juive indépendante, la notion de communauté a joué un rôle central.

Cette année, c’est la première fois que je ne passe pas les yamim noraïm chez moi (à Cleveland, avec ma famille) ou à l’université (à Wesleyan, avec ma famille d’adoption).

Pour Roch Hachana, j’ai été accueillie chez un ami et j’ai célébré la première nuit de la nouvelle année juive avec les traditions sud-africaines de sa famille. Il n’y avait pas de bénédictions hébraïques ou de rituels ashkénaze mais il y avait du vin, des rires, des débats, c’était chaleureux. Et généreux et aimant.

Le soir suivant, à la recherche des mélodies familières et des prières murmurées avec lesquelles j’avais grandi, j’ai décidé d’aller à un office traditionnel après le travail. En googlant “synagogues conservatrices dans le Lower Manhattan”, je suis arrivée dans l’une d’elles et j’ai été profondément choquée de découvrir un mur de séparation entre les hommes et les femmes au milieu du temple. Comprenant que j’étais dans une synagogue orthodoxe, je suis partie en courant, contrariée par cette idée de séparation entre les genres qui semblait archaïque. Alors que j’étais devant la synagogue, en train de réfléchir à ce que j’allais faire, une jeune famille m’a pressée de rentrer. La mère de cinq enfants et qui ne semblait pas avoir plus de 30 ans m’a dit “nous prions tous le même dieu de toute façon. Il suffit de se lever, de s’asseoir, de dire Amen. Viens, assieds-toi avec nous.” Je l’ai suivie. Je n’étais pas du tout dans mon élément mais elle avait raison – je savais quand il fallait s’asseoir, se lever et dire Amen. C’était agréable. La mère a insisté pour que je vienne dîner avec sa famille. C’était plus que je n’espérais mais j’y suis allée. Et ils m’ont nourrie et bénie, et ils ont dit la bénédiction de Shehecheyanu pour moi.

Et c’est ça le judaïsme. D’où tu viens n’a pas d’importance. Il y aura toujours quelqu’un pour t’ouvrir sa porte, t’inviter à sa table et discuter avec toi.

En réalité, j’étais plus confiante que jamais dans l’idée que j’arriverais toujours à créer une maison à l’intérieur de ma foi juive.

La nuit dernière, Marty et moi avons brisé le jeûne de Yom Kippour en partageant un milkshake au chocolat (plus plein d’autres choses ensuite) au dîner, exactement comme ces dernières années. C’est notre tradition. Nous avons passé la journée à parler, dormir, jouer de la guitare. C’était une bonne journée. J’ai repris le train pour New York et je n’ai pas pleuré. En réalité, je me sentais plus reposée et en paix que depuis longtemps. Je suis reconnaissante à ma religion de me donner cet espace, de me forcer à réfléchir, à honorer le passage du temps et à célébrer l’inconnu du futur. Je suis reconnaissante à cette religion où il n’y a pas qu’une seule manière de faire les choses, où l’individualité est importante et où on applaudit la différence. Je suis reconnaissante pour les mères juives surprotectrices et les pères juifs intensément loyaux. Je suis reconnaissante pour les recettes de soupe aux boulettes de matzo pour lesquelles il me faudra encore des années avant de réussir à les faire. Je suis reconnaissante pour ces amis qui ont fini par devenir ma famille, pour les vieilles traditions et les nouvelles. Et j’ai de la chance… parce que j’ai fini par prendre conscience que mon identité juive est comme une couverture en patchwork – avec un nombre infini de pièces différentes qui représentent les différentes parties de moi et de mon histoire – dans laquelle je peux m’enrouler dès que j’en ai besoin. Et je sais qu’elle me tiendra toujours chaud.

10 comments

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  • Thank you that was beautiful. You are amazing in every way

  • This is the kind of writing that makes you feel all cozy and happy and nostalgic. Love love it.

  • Lovely. I enjoyed reading that immensely.

  • This is absolutely beautiful and I completely relate to every word. Saving and sharing. Thank you for sharing with us.

  • This was a beautiful thing to read. Thank you so much for sharing. I especially needed this today — with the country feeling very hostile and divided, the warmth and community you describe feel like a balm.

  • Thank you so much for writing this. As a patchwork jew myself (jewish father who I am estranged from, non-jewish mom), the older I get the more I realize that judaism is an important part of my cultural identity and heritage, even if I might not believe in all of it. I feel so lucky to come from such a beautiful culture with such a rich heritage, and all of this resonated so much with me!

  • What a sweet essay! Thank you for sharing. . . I am much further along life’s road than you (probably about your mother’s age) but appreciated the richness of your experience. I think we do have more possibilities on our Jewish journeys these days, and that is good.

  • Sabine Sur 2 octobre 2018, 2:38 / Répondre

    Such a beautiful post! Thank you for sharing.

  • Loved reading you’re well written and so familiar article.. all the way from belgium

  • Linne Halpern 4 décembre 2018, 4:13

    Thank you so much, Joanna! I appreciate your kind words! Xo, Linne

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